"Bam bam" (quelqu'un frappe sur une porte métallique). "Señor ?" J'ouvre les yeux. Une chambre minuscule qui rappelle une cellule, avec juste la place pour un lit sur lequel je suis couché, sous une couverture miteuse. J'ai mal à la tête. Mais qu'est-ce que je fous là ? Ah, oui, je suis à Comitán, Chiapas. Hier soir...
Je pousse le vérou de la porte en métal, je tombe sur un employé de la posada.
"Señor, vous allez prendre une nuit en plus ?"
"Mrrrfff... Il est quelle heure ?"
"Midi. Il faut sortir maintenant ou payer une nuit de plus."
"Euh... Ok, vous pouvez attendre un moment, le temps que je range mes affaires et que je m'habille ?"
Hier soir. Je suis arrivé en ville en me faisant prendre en stop par des picks-ups depuis Tapachula, pas loin de la frontière avec le Guatemala. C'est la saison des pluies au Chiapas, je me suis fait méchamment arroser. Je n'avais pas spécialement prévu d'arriver dans cette ville, mais c'est là où allait le dernier pick-up. En arrivant, j'ai rencontré Andrés, Argentin, qui m'a annoncé que par chance j'étais arrivé pile poil le jour de la feria annuelle. Une douche, et nous y sommes allés. L'endroit m'a rappellé la fête de l'humanité, sauf que les stands des sections communistes étaient remplacés par un mélange d'étals, de restaus à tacos et de jeux de foire. Pas un gringo à l'horizon, mais les gens ne font pas trop attention à moi. Une fête inespérée et folle, terminée sévèrement éméché à manger des tacos au petit matin avec un groupe de jeunes mexicains. D'où la gueule de bois.
C'est allé vite, trop vite dernièrement, depuis Cartagène. Le plan bateau vers Panamá a foiré bêtement. Il n'est pas parti le jour annoncé, et le lendemain matin quand j'ai rappellé, il venait de partir sans moi. Un jour supplémentaire à réflechir, et j'ai choisi la voie "aventurière", assez bien documentée sur internet. Bus de Cartagène à Monteria (6h) puis re-bus de Monteria à Turbo (7-8h), dernière ville accessible par terre sur la côte. Accueilli par une pluie copieuse, pas le genre de ville où on veut s'attarder. Le lendemain matin, j'ai pris un bateau de Turbo à Capurganá, près de la frontière, 1h30 environ. Enfin, bateau, fallait s'imaginer la barque avec 50 personnes dedans et deux moteurs de hors-bord à l'arrière, poussés à fond malgré les vagues. Même pas peur. Capurganá, à l'inverse de Turbo, est un petit village à l'ambiance caribéeenne, sans voitures, entre la jungle et la mer, avec des magnifiques plages, où le tourisme se développe. Je craignais un peu que mes informations ne soient pas fiables, ou qu'il faille que j'attende lundi (c'était un samedi), mais si, il y avait un petit bureau de migration ouvert. Et enfin le timbre de sortie de Colombie dans mon passeport. J'aurais bien aimé rester la journée, mais l'occasion s'est présentée de partir immédiatement vers le Panamá. A nouveau une frêle barque avec un moteur de hors-bord, avec quatre passagers, pendant une petite heure. Et voilà Puerto Obaldia, le premier village Panaméen !
Nous nous sommes fait accueillir par les militaires, qui ont brièvement fouillé mes bagages, puis je suis allé au bureau de migrations. Le stéréotype de la frontière latino-américaine : des vieux extraits de journaux jaunis collés aux murs, un ventilateur dans un coin, un bureau en bois rempli de paperasse, et l'employé a moustache en marcel, mal rasé, avec un paquet de clopes coincé sous la bretelle (d'ailleurs il s'en allume une), visiblement sans aucune envie de travailler. Désagréable, en plus. Une fois les formalités faites, je me suis trouvé un hébergement, et informé sur les possibilités pour la suite. Première mauvaise nouvelle : les bateaux de marchandises venaient de partir et il faudrait attendre un temps indéterminé pour repartir de cette façon. Deuxième mauvaise nouvelle : l'aérodrome était en réparation. Ouch (et ça le passeur qui m'a ammené de Capurganá s'est bien gardé de me le dire). Bonne nouvelle: plus loin sur la côte, un avion allait partir le lendemain vers Panamá city, par contre le bateau pour y aller coûterait 25$, et je il y aurait sûrement un surplus pour le vélo dans l'avion, coutant 65$ par ailleurs. Moment de réflexion. Mon temps était compté : il fallait de toutes façons que j'attrape un avion de Cancun à la Havane le 8 août pour terminer mon voyage par trois semaines à Cuba, et nous étions le 25 août, la question était surtout de choisir quoi faire d'ici là. J'aurais pu attendre un bateau, peut-être deux jours avec de la chance, qui pourrait me déposer dans les San Blas, îles paradisiaques de la côte panaméeene. Mais Puerto Obaldia ne me donnait aucune envie de rester : c'était un moche petit village, un poste militaire et quelques indigènes. Par ailleurs, il fallait que je me rendre à l'évidence que la plage, les tropiques, les palmiers, au final, ce n'est pas mon truc. Ça me fait rapidemment chier. Élément critique en plus : je venais de terminer "Crime et châtiment" (en espagnol), ce qui faisait qu'il ne me restait plus qu'un mauvais polar en français traduit de l'islandais à lire. Bref, j'ai pris la décision de prendre l'avion, et ensuite d'aller le plus vite possible jusqu'au Chiapas, au Méxique, pour y passer mes derniers jours à faire du vélo. "Les tortillas et la revolución m'attendent", que j'ai pensé.
Le lendemain, dernier bateau, pour arriver sur une île-aérodrome (le village étant situé sur une autre île). Un abri au toit en palme servait de terminal. Après trois heures à se demander pourquoi l'avion n'arrivait pas, et à se dire que j'avais de plus en plus faim, il a enfin atteri. En fait, c'était une petite avionette à hélices, avec un compartiment à bagages dans la queue, où la Mule démontée à trouvé sa place (parce qu'il faut voir que je me trimballe un vélo dans toute cette histoire). Décollage rapide, ça balançait plus que dans un avion normal, mais la vue était superbe. Une petite heure plus tard, nous arrivions à Panamá city. J'étais enfin revenu dans un endroit où des routes pouvaient m'emmener vers le nord, et où les déplacement seraient plus faciles ! J'ai été surpris que l'on me demande mon passeport alors que j'étais arrivé dans un aéroport régional, et je ne me serais pas douté que l'on ne me le rendrait que trois heures plus tard, après être passé par trois bureaux, qu'on ait vérifié auprès d'Interpol mon identité et avoir subi un petit interrogatoire. Ben oui, faut pas arriver de Colombie, la drogue, tout ça... Là, oui, à 6h du soir, je crevais la dalle.
Deux jours très rapides à Panama city. J'ai hésité à m'acheter un nouveau reflex numérique, qui coutaient la même chose qu'en France (donc très peu chers pour l'amérique latine), et puis non, ce sera mon cadeau de fin de voyage aux USA, où le D90 coûte 400$ de moins. Puis j'ai sauté (à grand regret) le reste de l'amérique centrale en bus. Trois jours sans arrêt coincé dans des boites de sardines, avec juste un bout de la deuxième nuit dans un hôtel au Salvador. A devenir cinglé. Pas de voisin à qui parler. J'avais prévu d'acheter des livres au terminal à Panamá, mais j'avais sous-estimé le potentiel d'inculture actuel latino-américain : pas une seule librairie ni vendeur de magazines dans tout le terminal. Erreur fatale. A la place, les bus passent les uns à la suite des autres des dvds piratés de films états-uniens. Je ne savais pas qu'il existait autant de navets. A chaque frontière, c'est le même micmac, tout le monde descent du bus, tampon de sortie, on remonte, on fait un kilomètre, tampon d'entrée, les douanes font chier, on sort tous les bagages du bus, on est fouillé, on rembarque. Panamá, Costa Rica, Nicaragua, Honduras, el Salvador, Guatemala, et enfin la frontière avec le Mexique. Un déluge à faire peur à Noé ce soir là, ces bus m'avaient épuisé physiquement et mentalement, j'ai partagé une chambre avec une allemande rencontrée dans le dernier bus. Et le lendemain, j'ai fait du stop jusqu'à Comitán, n'ayant pas le temps de traverser tout le Chiapas à vélo.
Bon, évidemment, quand je rends la clé de la chambre de cette posada, à Comitán il est déjà 12h30, et la gueule de bois ne s'améliore pas. Je vais me faire un petit dèj quesadillas café sur la place centrale (si j'ai choisi de passer un peu de temps au Mexique, c'est en bonne partie pour sa bouffe !). Puis une petite pose net, puis un déjeuner, puis une sieste sur un banc. Et je récupère mon vélo, et je repars enfin. Il a un peu souffert de tout ces trimballements : le cuir de la selle a été un peu arraché, il y a un gros problème avec le dérailleur arrière et le frein avant, le porte bagages est tordu. Je ne pête pas la forme : je fais trente kilomètres, je repère un petit chemin qui part vers la droite et je me trouve un site de campement. Je suis déçu, toujours pas de traces de zapatistes. On est au Chiapas, quoi !
Le lendemain, je trace jusqu'à San Cristobal de las Casas. En fin de matinée, je m'arrête dans un village, avec la classique place carré et la petite église. Partout sur la place, sont assis des indigènes, les femmes séparés des hommes, en train de tranquillement discuter, l'air d'attendre quelque chose. Leurs habits et leurs coiffes, bizarrement, me rappellent ceux vus en Equateur, où j'étais resté environ deux jours dans une communauté indigène. Je crois me rappeller que l'on m'avait expliqué qu'en fait, ce que l'on considère aujourd'hui comme habits traditionnels indigènes avaient été imposés par la couronne espagnole, répliques des habits paysans en vigueur à l'époque dans la pénisule, et légèrement mélangés avec les modes préhispaniques. Ça peut expliquer ces ressemblances. Je demande pourquoi ils attendent, on me répond qu'aujourd'hui le gouvernement va distribuer des subventions. Un petit marché se tient dans une rue qui débouche sur la place, j'achète un peu de pastèque. Des hauts parleurs crachent une émission de radio, je ne comprends rien puisque c'est parlé dans la langue indigène locale. Je repars. Il fait assez frais, la route est bordée de forêts de pins sûrement exploités pour le bois. Le relief est méchant, je monte beaucoup, et après une descente de 20km j'arrive à San Cristobal de las Casas, à 2100 mètres d'altitude.
San Cristobal est une jolie petite ville coloniale, commerçante, culturelle, assez cosmopolite, le genre d'endroit piège où les étrangers ont tendance à rester, s'investissent dans du bénévolat ou lancent un négoce. Règne une bonne ambiance altermondialiste, mélangeant allègrement luttes indigènes, associativisme, dreadlocks et reggae, marxisme, Che-idolatrie et leurs dérivés marketings pour jeunes gringos en mal de "rebellitude". C'est ici qu'en 1994 a été lancé le nouveau mouvement zapatiste, lorsque l'EZLN (armée zapatiste de libération nationale) a pris possession de l'hôtel de ville. Je vais voir un documentaire -propagande sur le mouvement. Une des particularités de l'EZLN, par rapport à beaucoup d'autres guerillas marxistes du continent, est d'avoir mis au coeur de sa lutte les intérêts des indigènes. Les femmes ont aussi un rôle particulier dans le mouvement, et il est médiatiquement fort de voir un cordon de femmes indigènes s'opposer à l'entrée de militaires dans leur village. A l'époque du lancement du mouvement, le Méxique venait tout juste de signer le traité de libre échange avec les Etats-Unis, et tout le monde avait oublié (ou voulait oublier) que dans cette petite région lointaine du Chiapas, dont personne n'avait jamais entendu parler, à l'orée du XXIème siècle, vivaient encore de vrais indigènes, dans des conditions scandaleuses. Le Chiapas présentait (et présente encore) toutes les caractéristiques rurales latino-américaine. Des latifundistes, utilisant leurs terres pour de l'élevage extensif, de l'export ou du bois, sous-payant leur main d'oeuvre, cotoyaient des petits paysans indigènes avec peu de terres, très peu équipés, n'ayant pas de moyen de se moderniser et sans aucun appui ni reconnaissance. Rajoutons à cela le manque d'éducation et l'absence de soins médicaux décents. Le même parti (le PRI) dirigeait le pays depuis des décennies, la politique était réservée à une petite caste, paternaliste, s'appuyant sur l'armée, relativement corrompue et défendant ses propres intérêts, confondus avec ceux des latifundistes. La démocratie était donc toute relative. L'EZLN, avec à sa tête le sous-commandant Marcos, a foutu un gros bordel dans tout cela. A mon sens, ce qui fit la force du mouvement est d'avoir eu du génie de communication. Les yeux du monde se sont tournés avec sympathie vers le Chiapas. Visuellement, Marcos a récupéré tous les codes du genre guerillero-révolutionnaire et s'est inventé un style inimitable, avec la chaine de cartouches en bandoulière, le passe-montagne, le cheval et la pipe. En plus, il a un discours engagé, clair, parfois poétique et émotif, avec une belle voix. On ne peut qu'aimer. Enfin bon, après dix jours de vraie guerre où l'armée a balayé le mouvement (de façon sanglante, avec exécutions arbitraires, etc, enfin la réalité du continent quoi), s'est ensuivi 15 ans de négociations dans un climat tendu et militarisé de la zone, de provocations de part et d'autre et de guerre larvée, avec quelques paramilitaires financés par le gouvernement. Le mouvement a gagné le pays et une représentante indigène a même eu le droit de parler à la tribune du parlement, avec son passe-montagne ! Le quotidien des indigènes s'est amélioré, des terres ont été distribuées, les routes se sont asphaltées, l'accès aux soins et à l'éducation a été garanti. Est-ce que ça méritait toute cette violence et ces morts ? Je dirai que oui... De nos jours, les zapatistes ont crée les "caracoles", des petites communautés indépendante où ils expérimentent le coopérativisme, implantent des écoles et des centres de santé. Ça m'a beaucoup rappelle les implantations du Mouvement des Sans-Terres au Brésil...
Un jour et demi à San Cristobal et c'est reparti, je veux arriver à Palenque dans l'après-midi du lendemain. A Palenque se trouvent peut-être les plus belles ruines mayas qu'il existe, au milieu de la jungle. J'aurai tout juste le temps de visiter les ruines, avant de prendre un bus pour Cancún pour attraper mon avion vers Cuba. Mais ça ne se passera pas comme prévu (forcément). Un peu avant midi, je crève (roue arrière). Pas de soucis, je déballe mes affaires à la recherche de ma pompe... Que je ne trouve pas. J'ai du l'oublier quelque part. Zout et zout, c'est très con. Pas loin se trouve un chantier, or (à savoir) les camions ont presque tous un compresseur et un tuyau pour s'auto-gonfler les pneus. Je démonte le pneu, je pose une rustine, je remonte, je gonfle avec le compresseur d'un camion, c'est trop fort et ma chambre à air explose (pas très fier, le cammionneur mort de rire), je chope une autre chambre à air trouée, je repose une rustine, je regonfle en faisant gaffe. Et là, gros, gros problème. Le pneu s'est déchiré à l'endroit où il touche l'arête de la jante, et la chambre à air dépasse par le trou en faisant une bulle, le truc prêt à exploser. Ca ne tiendra jamais. Enfin bon, je retire le patin de frein du côté de la bosse (sinon ça touche), et j'essaye quand même, ça tient deux kilomètres avant de crever à nouveau. Là ça commence à être embêtant, je n'ai toujours pas de pompe et il faut que je répare mon pneu - si vous avez suivi mes aventures précedentes, vous savez que les pneus larges de 700 sont introuvables en amérique latine. Alors stop. Après une petite heure, un pickup me prend, il va dans un village à l'écart de ma route mais je n'ai pas trop le choix. Dans le village, je me renseigne, il y a bien un magasin-atelier de vélos, il rouvre à 5h après la "siesta". J'attends patiemment jusqu'à 5h30. Avec l'employé du magasin, on essaye d'abord de poser un patch sur la déchirure, mais ça ne suffit pas pour empècher la chambre à air de sortir. Je demande si par hazard ils ont du gros fil et une aiguille, et je finis par recoudre mon pneu. La mauvaise nouvelle, c'est que je decouvre que le pneu est en train de se déchirer sur tout le pourtour. Depuis des mois, l'arrête de la jante, à chaque choc, avec le poids des bagages, a découpé peu à peu le pneu. C'est très embêtant. Faudra que je retrouve un pneu avant Cuba, sûrement à Cancún, et ça ne va pas être facile. Je demande si ils peuvent me vendre une pompe, tout ce qu'ils ont est une grosse pompe à pied en métal, ça ne m'arrange pas. Mais je n'ai plus qu'un jour de vélo dans le coin, je ne vais quand même pas crever à nouveau maintenant que mon pneu est arrangé ! Je remercie, j'emporte le fil et l'aiguille et je repars en fin de journée, pour retrouver la route normale que j'ai quitté. Je vais le plus vite possible mais le relief n'aide pas, j'arrive au crépuscule à Ocosingo, que j'aurais du dépasser pendant la journée. Nuit dans une "posada".
Le lendemain, au réveil, mon pneu est à nouveau à plat... Non, Vincent, ne pleure pas, prend tes rustines et va trouver une pompe. Je laisse à la posada la tente, mon énorme sac de couchage, de la bouffe et ma cartouche de gaz, ils ne me serviront plus. Bah, jour de vélo à fond les pédales (avec un peu de stop pour ne rien vous cacher). Je m'engage dans la route d'accès aux ruines. Et moins de dix kilomètres avant d'y arriver, ben je crève à nouveau. La série noire. Toujours pas de pompe. La vie est injuste. Comme je ne peux pas pousser mon vélo sur la jante, j'arriverai aux ruines en stop . Je me fais prendre une petite demi-heure plus tard. J'arrive aux ruines à 17h15. L'employé de l'entrée : "ah non monsieur, les dernières entrées sont à 17h". Oups, ça, ça ne va pas être possible. J'insiste, j'explique mes malheurs, je dois repartir en bus le soir, j'ai fait plusieurs jours de vélo pour arriver, je n'aurai peut-être jamais à nouveau l'occasion de voir ces ruines, faites une petite exception quoi, je serai rapide... Non et non, je m'en fous de votre vie. Ok, merci, sympa les gens.
Je suis très, très dépité, je me sens con, mais je n'ai pas le choix : bus de nuit vers Cancún, j'ai des choses à faire là bas (genre trouver un pneu) avant de prendre l'avion. Au terminal, un orage se déclare. Je n'ai jamais vu autant d'eau tomber, et pendant aussi longtemps, la rue est inondée. Je trouve que le vent souffle fort, quand même, le toit du terminal bouge et un panneau publicitaire est arraché en face de celui-ci.... Le bus part en retard (ça se comprend), et 14h plus tard, le lendemain, arrive à Cancún.
A Cancún, Hector va me sauver. J'ai connu et contacté Hector par le réseau d'entraide et d'hébergement de cyclotouristes warmshowers.org. Hector est réparateur d'ordis, assez modeste, mais sa vraie passion est le sport. Il faisait partie de l'équipe nationale de VTT, à présent court au niveau national le 5000m et le 10000m à pied, et s'entraine pour cela tous les jours. Il a aussi voyagé à vélo avec son épouse. Hector fait partie de la demi-douzaine de personnes à Cancún qui se déplacent à vélo et connait tout le monde en ville, notamment les employés de boutiques de vélo. Après quatre coups de fils, jackpot, il a un pneu pour moi. Il m'emmène aussi faire des petites réparations sur le vélo, acheter une pompe, me prête sa housse de vélo pour l'avion et son sac de couchage plus léger, m'aide à réparer mon ordinateur duquel je vous écris à présent, m'accompagne pour quelques menues courses, contacte un ami taxi qui va me chercher et m'emmener le lendemain à l'aéroport, bref il prend un jour off pour m'aider, c'est énorme. Il m'emmène aussi dans la zone hotelière pour voir le coucher de soleil sur la plage. Cancún est une ville à part en Amérique Latine : on se croirait vraiment aux Etats-Unis, disons à Miami. La ville est faite pour la voiture, il n''y a pas vraiment de centre-ville. Enfin, dans ce qui serait le centre, le long des avenues, s'égrainent centre-commerciaux, hypermarchés Wall-Mart, concessionaires voitures, MacDos et Burger King... Ça parle anglais et ça accepte les dollars ! Séparemment de ce centre, le long d'une mince bande de terre entre mer et lagune, se trouve la zone hotellière, bordée par la plage (sable blanc et eau turquoise). Là c'est presque caricatural, se promènent des américains obèses et rouges en short et lunettes de soleil au milieu des néons ! Sinon, Cancún est une plaque tournante du narcotraffic, près de la frontière avec le Belize, avec l'accès à la mer et tout plein de clients potentiels... Hector me confirme que l'actuel chef de la police fait partie de la mafia, comme le précédent, tout le monde le sait et ça ne va pas changer.
Après une courte nuit, Hector et moi démontons le vélo pour le mettre dans la housse, en protégeant les parties sensibles avec des blocs de polystyrène, je fais mes bagages (en laissant quelques affaires à Hector) et je prends le taxi pour aller à l'aéroport. Je m'énerve un peu contre la compagnie Cubana, ils m'avaient promi et garanti que le vélo pouvait s'inclure dans la franchise bagages et au final ils le facturent en entier en surpoids, ce qui alourdit le prix du billet d'avion. Je décolle du continent, pour atterir dans une île très spéciale, faisant partie de l'Amérique Latine mais ayant emprunté une voie différente il y a exactement 50 ans... Ça sera très intéressant.
Publié depuis la Havane. Pas de photos pour cause de bas debit