L'amérique latine rurale à vélo

jeudi 3 septembre 2009

La fin ?

Et voilà, ça devait bien arriver un jour...

Après avoir voyagé à vélo dans dix pays (Brésil, Uruguay, Argentine, Chili, Bolivie, Pérou, Equateur, Colombie, Mexique, Cuba), j'ai fini mon voyage comme prévu (enfin....) à Santiago de Cuba. C'était le 25 août 2009. J'étais parti le 16 octobre 2008. Putain de voyage.

Le compteur indique 10665km, et j'ai dû faire (malheureusement) à peu près la même distance en bus et en stop.

Mais je vous raconterait plus tard. J'ai encore beaucoup à écrire, en commençant par Cuba ! Ce blog n'est donc pas fini. Mes voyages non plus. Et j'ai pris un grand plaisir à écrire ici et à être lu, peut-être continuerai-je sur d'autres sujets ?


Petite annonce : du 4 au 6 septembre, petite fête près de Fontainebleau, vous êtes les bienvenus, amis lecteurs ! 06 70 77 53 39

mercredi 12 août 2009

Tortillas et revolución

"Bam bam" (quelqu'un frappe sur une porte métallique). "Señor ?" J'ouvre les yeux. Une chambre minuscule qui rappelle une cellule, avec juste la place pour un lit sur lequel je suis couché, sous une couverture miteuse. J'ai mal à la tête. Mais qu'est-ce que je fous là ? Ah, oui, je suis à Comitán, Chiapas. Hier soir...

Je pousse le vérou de la porte en métal, je tombe sur un employé de la posada. "Señor, vous allez prendre une nuit en plus ?" "Mrrrfff... Il est quelle heure ?" "Midi. Il faut sortir maintenant ou payer une nuit de plus." "Euh... Ok, vous pouvez attendre un moment, le temps que je range mes affaires et que je m'habille ?"

Hier soir. Je suis arrivé en ville en me faisant prendre en stop par des picks-ups depuis Tapachula, pas loin de la frontière avec le Guatemala. C'est la saison des pluies au Chiapas, je me suis fait méchamment arroser. Je n'avais pas spécialement prévu d'arriver dans cette ville, mais c'est là où allait le dernier pick-up. En arrivant, j'ai rencontré Andrés, Argentin, qui m'a annoncé que par chance j'étais arrivé pile poil le jour de la feria annuelle. Une douche, et nous y sommes allés. L'endroit m'a rappellé la fête de l'humanité, sauf que les stands des sections communistes étaient remplacés par un mélange d'étals, de restaus à tacos et de jeux de foire. Pas un gringo à l'horizon, mais les gens ne font pas trop attention à moi. Une fête inespérée et folle, terminée sévèrement éméché à manger des tacos au petit matin avec un groupe de jeunes mexicains. D'où la gueule de bois.

C'est allé vite, trop vite dernièrement, depuis Cartagène. Le plan bateau vers Panamá a foiré bêtement. Il n'est pas parti le jour annoncé, et le lendemain matin quand j'ai rappellé, il venait de partir sans moi. Un jour supplémentaire à réflechir, et j'ai choisi la voie "aventurière", assez bien documentée sur internet. Bus de Cartagène à Monteria (6h) puis re-bus de Monteria à Turbo (7-8h), dernière ville accessible par terre sur la côte. Accueilli par une pluie copieuse, pas le genre de ville où on veut s'attarder. Le lendemain matin, j'ai pris un bateau de Turbo à Capurganá, près de la frontière, 1h30 environ. Enfin, bateau, fallait s'imaginer la barque avec 50 personnes dedans et deux moteurs de hors-bord à l'arrière, poussés à fond malgré les vagues. Même pas peur. Capurganá, à l'inverse de Turbo, est un petit village à l'ambiance caribéeenne, sans voitures, entre la jungle et la mer, avec des magnifiques plages, où le tourisme se développe. Je craignais un peu que mes informations ne soient pas fiables, ou qu'il faille que j'attende lundi (c'était un samedi), mais si, il y avait un petit bureau de migration ouvert. Et enfin le timbre de sortie de Colombie dans mon passeport. J'aurais bien aimé rester la journée, mais l'occasion s'est présentée de partir immédiatement vers le Panamá. A nouveau une frêle barque avec un moteur de hors-bord, avec quatre passagers, pendant une petite heure. Et voilà Puerto Obaldia, le premier village Panaméen !

Nous nous sommes fait accueillir par les militaires, qui ont brièvement fouillé mes bagages, puis je suis allé au bureau de migrations. Le stéréotype de la frontière latino-américaine : des vieux extraits de journaux jaunis collés aux murs, un ventilateur dans un coin, un bureau en bois rempli de paperasse, et l'employé a moustache en marcel, mal rasé, avec un paquet de clopes coincé sous la bretelle (d'ailleurs il s'en allume une), visiblement sans aucune envie de travailler. Désagréable, en plus. Une fois les formalités faites, je me suis trouvé un hébergement, et informé sur les possibilités pour la suite. Première mauvaise nouvelle : les bateaux de marchandises venaient de partir et il faudrait attendre un temps indéterminé pour repartir de cette façon. Deuxième mauvaise nouvelle : l'aérodrome était en réparation. Ouch (et ça le passeur qui m'a ammené de Capurganá s'est bien gardé de me le dire). Bonne nouvelle: plus loin sur la côte, un avion allait partir le lendemain vers Panamá city, par contre le bateau pour y aller coûterait 25$, et je il y aurait sûrement un surplus pour le vélo dans l'avion, coutant 65$ par ailleurs. Moment de réflexion. Mon temps était compté : il fallait de toutes façons que j'attrape un avion de Cancun à la Havane le 8 août pour terminer mon voyage par trois semaines à Cuba, et nous étions le 25 août, la question était surtout de choisir quoi faire d'ici là. J'aurais pu attendre un bateau, peut-être deux jours avec de la chance, qui pourrait me déposer dans les San Blas, îles paradisiaques de la côte panaméeene. Mais Puerto Obaldia ne me donnait aucune envie de rester : c'était un moche petit village, un poste militaire et quelques indigènes. Par ailleurs, il fallait que je me rendre à l'évidence que la plage, les tropiques, les palmiers, au final, ce n'est pas mon truc. Ça me fait rapidemment chier. Élément critique en plus : je venais de terminer "Crime et châtiment" (en espagnol), ce qui faisait qu'il ne me restait plus qu'un mauvais polar en français traduit de l'islandais à lire. Bref, j'ai pris la décision de prendre l'avion, et ensuite d'aller le plus vite possible jusqu'au Chiapas, au Méxique, pour y passer mes derniers jours à faire du vélo. "Les tortillas et la revolución m'attendent", que j'ai pensé.

Le lendemain, dernier bateau, pour arriver sur une île-aérodrome (le village étant situé sur une autre île). Un abri au toit en palme servait de terminal. Après trois heures à se demander pourquoi l'avion n'arrivait pas, et à se dire que j'avais de plus en plus faim, il a enfin atteri. En fait, c'était une petite avionette à hélices, avec un compartiment à bagages dans la queue, où la Mule démontée à trouvé sa place (parce qu'il faut voir que je me trimballe un vélo dans toute cette histoire). Décollage rapide, ça balançait plus que dans un avion normal, mais la vue était superbe. Une petite heure plus tard, nous arrivions à Panamá city. J'étais enfin revenu dans un endroit où des routes pouvaient m'emmener vers le nord, et où les déplacement seraient plus faciles ! J'ai été surpris que l'on me demande mon passeport alors que j'étais arrivé dans un aéroport régional, et je ne me serais pas douté que l'on ne me le rendrait que trois heures plus tard, après être passé par trois bureaux, qu'on ait vérifié auprès d'Interpol mon identité et avoir subi un petit interrogatoire. Ben oui, faut pas arriver de Colombie, la drogue, tout ça... Là, oui, à 6h du soir, je crevais la dalle.

Deux jours très rapides à Panama city. J'ai hésité à m'acheter un nouveau reflex numérique, qui coutaient la même chose qu'en France (donc très peu chers pour l'amérique latine), et puis non, ce sera mon cadeau de fin de voyage aux USA, où le D90 coûte 400$ de moins. Puis j'ai sauté (à grand regret) le reste de l'amérique centrale en bus. Trois jours sans arrêt coincé dans des boites de sardines, avec juste un bout de la deuxième nuit dans un hôtel au Salvador. A devenir cinglé. Pas de voisin à qui parler. J'avais prévu d'acheter des livres au terminal à Panamá, mais j'avais sous-estimé le potentiel d'inculture actuel latino-américain : pas une seule librairie ni vendeur de magazines dans tout le terminal. Erreur fatale. A la place, les bus passent les uns à la suite des autres des dvds piratés de films états-uniens. Je ne savais pas qu'il existait autant de navets. A chaque frontière, c'est le même micmac, tout le monde descent du bus, tampon de sortie, on remonte, on fait un kilomètre, tampon d'entrée, les douanes font chier, on sort tous les bagages du bus, on est fouillé, on rembarque. Panamá, Costa Rica, Nicaragua, Honduras, el Salvador, Guatemala, et enfin la frontière avec le Mexique. Un déluge à faire peur à Noé ce soir là, ces bus m'avaient épuisé physiquement et mentalement, j'ai partagé une chambre avec une allemande rencontrée dans le dernier bus. Et le lendemain, j'ai fait du stop jusqu'à Comitán, n'ayant pas le temps de traverser tout le Chiapas à vélo.

Bon, évidemment, quand je rends la clé de la chambre de cette posada, à Comitán il est déjà 12h30, et la gueule de bois ne s'améliore pas. Je vais me faire un petit dèj quesadillas café sur la place centrale (si j'ai choisi de passer un peu de temps au Mexique, c'est en bonne partie pour sa bouffe !). Puis une petite pose net, puis un déjeuner, puis une sieste sur un banc. Et je récupère mon vélo, et je repars enfin. Il a un peu souffert de tout ces trimballements : le cuir de la selle a été un peu arraché, il y a un gros problème avec le dérailleur arrière et le frein avant, le porte bagages est tordu. Je ne pête pas la forme : je fais trente kilomètres, je repère un petit chemin qui part vers la droite et je me trouve un site de campement. Je suis déçu, toujours pas de traces de zapatistes. On est au Chiapas, quoi !

Le lendemain, je trace jusqu'à San Cristobal de las Casas. En fin de matinée, je m'arrête dans un village, avec la classique place carré et la petite église. Partout sur la place, sont assis des indigènes, les femmes séparés des hommes, en train de tranquillement discuter, l'air d'attendre quelque chose. Leurs habits et leurs coiffes, bizarrement, me rappellent ceux vus en Equateur, où j'étais resté environ deux jours dans une communauté indigène. Je crois me rappeller que l'on m'avait expliqué qu'en fait, ce que l'on considère aujourd'hui comme habits traditionnels indigènes avaient été imposés par la couronne espagnole, répliques des habits paysans en vigueur à l'époque dans la pénisule, et légèrement mélangés avec les modes préhispaniques. Ça peut expliquer ces ressemblances. Je demande pourquoi ils attendent, on me répond qu'aujourd'hui le gouvernement va distribuer des subventions. Un petit marché se tient dans une rue qui débouche sur la place, j'achète un peu de pastèque. Des hauts parleurs crachent une émission de radio, je ne comprends rien puisque c'est parlé dans la langue indigène locale. Je repars. Il fait assez frais, la route est bordée de forêts de pins sûrement exploités pour le bois. Le relief est méchant, je monte beaucoup, et après une descente de 20km j'arrive à San Cristobal de las Casas, à 2100 mètres d'altitude.

San Cristobal est une jolie petite ville coloniale, commerçante, culturelle, assez cosmopolite, le genre d'endroit piège où les étrangers ont tendance à rester, s'investissent dans du bénévolat ou lancent un négoce. Règne une bonne ambiance altermondialiste, mélangeant allègrement luttes indigènes, associativisme, dreadlocks et reggae, marxisme, Che-idolatrie et leurs dérivés marketings pour jeunes gringos en mal de "rebellitude". C'est ici qu'en 1994 a été lancé le nouveau mouvement zapatiste, lorsque l'EZLN (armée zapatiste de libération nationale) a pris possession de l'hôtel de ville. Je vais voir un documentaire -propagande sur le mouvement. Une des particularités de l'EZLN, par rapport à beaucoup d'autres guerillas marxistes du continent, est d'avoir mis au coeur de sa lutte les intérêts des indigènes. Les femmes ont aussi un rôle particulier dans le mouvement, et il est médiatiquement fort de voir un cordon de femmes indigènes s'opposer à l'entrée de militaires dans leur village. A l'époque du lancement du mouvement, le Méxique venait tout juste de signer le traité de libre échange avec les Etats-Unis, et tout le monde avait oublié (ou voulait oublier) que dans cette petite région lointaine du Chiapas, dont personne n'avait jamais entendu parler, à l'orée du XXIème siècle, vivaient encore de vrais indigènes, dans des conditions scandaleuses. Le Chiapas présentait (et présente encore) toutes les caractéristiques rurales latino-américaine. Des latifundistes, utilisant leurs terres pour de l'élevage extensif, de l'export ou du bois, sous-payant leur main d'oeuvre, cotoyaient des petits paysans indigènes avec peu de terres, très peu équipés, n'ayant pas de moyen de se moderniser et sans aucun appui ni reconnaissance. Rajoutons à cela le manque d'éducation et l'absence de soins médicaux décents. Le même parti (le PRI) dirigeait le pays depuis des décennies, la politique était réservée à une petite caste, paternaliste, s'appuyant sur l'armée, relativement corrompue et défendant ses propres intérêts, confondus avec ceux des latifundistes. La démocratie était donc toute relative. L'EZLN, avec à sa tête le sous-commandant Marcos, a foutu un gros bordel dans tout cela. A mon sens, ce qui fit la force du mouvement est d'avoir eu du génie de communication. Les yeux du monde se sont tournés avec sympathie vers le Chiapas. Visuellement, Marcos a récupéré tous les codes du genre guerillero-révolutionnaire et s'est inventé un style inimitable, avec la chaine de cartouches en bandoulière, le passe-montagne, le cheval et la pipe. En plus, il a un discours engagé, clair, parfois poétique et émotif, avec une belle voix. On ne peut qu'aimer. Enfin bon, après dix jours de vraie guerre où l'armée a balayé le mouvement (de façon sanglante, avec exécutions arbitraires, etc, enfin la réalité du continent quoi), s'est ensuivi 15 ans de négociations dans un climat tendu et militarisé de la zone, de provocations de part et d'autre et de guerre larvée, avec quelques paramilitaires financés par le gouvernement. Le mouvement a gagné le pays et une représentante indigène a même eu le droit de parler à la tribune du parlement, avec son passe-montagne ! Le quotidien des indigènes s'est amélioré, des terres ont été distribuées, les routes se sont asphaltées, l'accès aux soins et à l'éducation a été garanti. Est-ce que ça méritait toute cette violence et ces morts ? Je dirai que oui... De nos jours, les zapatistes ont crée les "caracoles", des petites communautés indépendante où ils expérimentent le coopérativisme, implantent des écoles et des centres de santé. Ça m'a beaucoup rappelle les implantations du Mouvement des Sans-Terres au Brésil...

Un jour et demi à San Cristobal et c'est reparti, je veux arriver à Palenque dans l'après-midi du lendemain. A Palenque se trouvent peut-être les plus belles ruines mayas qu'il existe, au milieu de la jungle. J'aurai tout juste le temps de visiter les ruines, avant de prendre un bus pour Cancún pour attraper mon avion vers Cuba. Mais ça ne se passera pas comme prévu (forcément). Un peu avant midi, je crève (roue arrière). Pas de soucis, je déballe mes affaires à la recherche de ma pompe... Que je ne trouve pas. J'ai du l'oublier quelque part. Zout et zout, c'est très con. Pas loin se trouve un chantier, or (à savoir) les camions ont presque tous un compresseur et un tuyau pour s'auto-gonfler les pneus. Je démonte le pneu, je pose une rustine, je remonte, je gonfle avec le compresseur d'un camion, c'est trop fort et ma chambre à air explose (pas très fier, le cammionneur mort de rire), je chope une autre chambre à air trouée, je repose une rustine, je regonfle en faisant gaffe. Et là, gros, gros problème. Le pneu s'est déchiré à l'endroit où il touche l'arête de la jante, et la chambre à air dépasse par le trou en faisant une bulle, le truc prêt à exploser. Ca ne tiendra jamais. Enfin bon, je retire le patin de frein du côté de la bosse (sinon ça touche), et j'essaye quand même, ça tient deux kilomètres avant de crever à nouveau. Là ça commence à être embêtant, je n'ai toujours pas de pompe et il faut que je répare mon pneu - si vous avez suivi mes aventures précedentes, vous savez que les pneus larges de 700 sont introuvables en amérique latine. Alors stop. Après une petite heure, un pickup me prend, il va dans un village à l'écart de ma route mais je n'ai pas trop le choix. Dans le village, je me renseigne, il y a bien un magasin-atelier de vélos, il rouvre à 5h après la "siesta". J'attends patiemment jusqu'à 5h30. Avec l'employé du magasin, on essaye d'abord de poser un patch sur la déchirure, mais ça ne suffit pas pour empècher la chambre à air de sortir. Je demande si par hazard ils ont du gros fil et une aiguille, et je finis par recoudre mon pneu. La mauvaise nouvelle, c'est que je decouvre que le pneu est en train de se déchirer sur tout le pourtour. Depuis des mois, l'arrête de la jante, à chaque choc, avec le poids des bagages, a découpé peu à peu le pneu. C'est très embêtant. Faudra que je retrouve un pneu avant Cuba, sûrement à Cancún, et ça ne va pas être facile. Je demande si ils peuvent me vendre une pompe, tout ce qu'ils ont est une grosse pompe à pied en métal, ça ne m'arrange pas. Mais je n'ai plus qu'un jour de vélo dans le coin, je ne vais quand même pas crever à nouveau maintenant que mon pneu est arrangé ! Je remercie, j'emporte le fil et l'aiguille et je repars en fin de journée, pour retrouver la route normale que j'ai quitté. Je vais le plus vite possible mais le relief n'aide pas, j'arrive au crépuscule à Ocosingo, que j'aurais du dépasser pendant la journée. Nuit dans une "posada".

Le lendemain, au réveil, mon pneu est à nouveau à plat... Non, Vincent, ne pleure pas, prend tes rustines et va trouver une pompe. Je laisse à la posada la tente, mon énorme sac de couchage, de la bouffe et ma cartouche de gaz, ils ne me serviront plus. Bah, jour de vélo à fond les pédales (avec un peu de stop pour ne rien vous cacher). Je m'engage dans la route d'accès aux ruines. Et moins de dix kilomètres avant d'y arriver, ben je crève à nouveau. La série noire. Toujours pas de pompe. La vie est injuste. Comme je ne peux pas pousser mon vélo sur la jante, j'arriverai aux ruines en stop . Je me fais prendre une petite demi-heure plus tard. J'arrive aux ruines à 17h15. L'employé de l'entrée : "ah non monsieur, les dernières entrées sont à 17h". Oups, ça, ça ne va pas être possible. J'insiste, j'explique mes malheurs, je dois repartir en bus le soir, j'ai fait plusieurs jours de vélo pour arriver, je n'aurai peut-être jamais à nouveau l'occasion de voir ces ruines, faites une petite exception quoi, je serai rapide... Non et non, je m'en fous de votre vie. Ok, merci, sympa les gens.

Je suis très, très dépité, je me sens con, mais je n'ai pas le choix : bus de nuit vers Cancún, j'ai des choses à faire là bas (genre trouver un pneu) avant de prendre l'avion. Au terminal, un orage se déclare. Je n'ai jamais vu autant d'eau tomber, et pendant aussi longtemps, la rue est inondée. Je trouve que le vent souffle fort, quand même, le toit du terminal bouge et un panneau publicitaire est arraché en face de celui-ci.... Le bus part en retard (ça se comprend), et 14h plus tard, le lendemain, arrive à Cancún.

A Cancún, Hector va me sauver. J'ai connu et contacté Hector par le réseau d'entraide et d'hébergement de cyclotouristes warmshowers.org. Hector est réparateur d'ordis, assez modeste, mais sa vraie passion est le sport. Il faisait partie de l'équipe nationale de VTT, à présent court au niveau national le 5000m et le 10000m à pied, et s'entraine pour cela tous les jours. Il a aussi voyagé à vélo avec son épouse. Hector fait partie de la demi-douzaine de personnes à Cancún qui se déplacent à vélo et connait tout le monde en ville, notamment les employés de boutiques de vélo. Après quatre coups de fils, jackpot, il a un pneu pour moi. Il m'emmène aussi faire des petites réparations sur le vélo, acheter une pompe, me prête sa housse de vélo pour l'avion et son sac de couchage plus léger, m'aide à réparer mon ordinateur duquel je vous écris à présent, m'accompagne pour quelques menues courses, contacte un ami taxi qui va me chercher et m'emmener le lendemain à l'aéroport, bref il prend un jour off pour m'aider, c'est énorme. Il m'emmène aussi dans la zone hotelière pour voir le coucher de soleil sur la plage. Cancún est une ville à part en Amérique Latine : on se croirait vraiment aux Etats-Unis, disons à Miami. La ville est faite pour la voiture, il n''y a pas vraiment de centre-ville. Enfin, dans ce qui serait le centre, le long des avenues, s'égrainent centre-commerciaux, hypermarchés Wall-Mart, concessionaires voitures, MacDos et Burger King... Ça parle anglais et ça accepte les dollars ! Séparemment de ce centre, le long d'une mince bande de terre entre mer et lagune, se trouve la zone hotellière, bordée par la plage (sable blanc et eau turquoise). Là c'est presque caricatural, se promènent des américains obèses et rouges en short et lunettes de soleil au milieu des néons ! Sinon, Cancún est une plaque tournante du narcotraffic, près de la frontière avec le Belize, avec l'accès à la mer et tout plein de clients potentiels... Hector me confirme que l'actuel chef de la police fait partie de la mafia, comme le précédent, tout le monde le sait et ça ne va pas changer.

Après une courte nuit, Hector et moi démontons le vélo pour le mettre dans la housse, en protégeant les parties sensibles avec des blocs de polystyrène, je fais mes bagages (en laissant quelques affaires à Hector) et je prends le taxi pour aller à l'aéroport. Je m'énerve un peu contre la compagnie Cubana, ils m'avaient promi et garanti que le vélo pouvait s'inclure dans la franchise bagages et au final ils le facturent en entier en surpoids, ce qui alourdit le prix du billet d'avion. Je décolle du continent, pour atterir dans une île très spéciale, faisant partie de l'Amérique Latine mais ayant emprunté une voie différente il y a exactement 50 ans... Ça sera très intéressant.


Publié depuis la Havane. Pas de photos pour cause de bas debit

samedi 8 août 2009

Colombie partie 2 (toujours en images)

Des cerfs-volants dans le ciel de Medellin lors de mon départ. Poétique :

Première vision en ouvrant la "porte" de ma tente, un matin....

Là, avec le déluge qui s'est abattu pendant plus d'une heure, je me suis dit que j'avais eu du nez de ne pas camper et prendre un hospedaje... C

Beaucoup (presque que) des pâturages le long de la route... Et des zébus !

Nous sommes bien dans le pays de Gabriel Garcia Marquez :

Des "collègues" japonais croisés sur la route :

Hebergé chez des colombiens. Ça déconne pas quand ça joue aux dominos, par ici.

Ça, c'est une famille "classe moyenne" à la campagne :

La blague, quand je suis sorti des montagnes (la fin de la cordillère des andes ! je pose ma larme), c'est que ça a continué à être sévèrement valloné, en plus de méchamment chaud (genre savane à 35ºC humides). Ici en arrivant sur la côte.

D'ailleurs, petite anecdote. En Colombie, j'ai eu tendance à beaucoup demander si "par hazard, la route, là, elle n'est pas dangereuse ?". La réponse étant généralement "non". Sauf ce jour là, en passant le dernier col des montagnes. Un soldat m'arrête, me dit : "Oulà mon garçon, ne continue surtout pas, à partir de la prochaine ville, au pied des montagnes, c'est zone de FARC et de narcos. Moi, à ta place, je ferai demi-tour. Je dis ça, je dis rien, mais bon demande toi si tu tiens à ta vie, quoi." Je demande à voir le chef, qui, lui, relativise un chouia, en disant "oui ça peut éventuellement être dangereux pour toi qui dénote dans le paysage, mais t'as qu'à demander à la prochaine ville, eux ils savent mieux que nous." Bon, je continue. A la ville suivante, je vais voir les flics, qui me disent "meuuh non, y'à pas de soucis, la route est sûre, les narcos ils sont dans la jungle à droite à gauche mais tant que tu rentres pas dans leurs affaires il n'y a aucun problème !" Et même les militaires approuvent. Alors je continue, plus ou moins rassuré. Jusqu'à ce poste militaire, où ils me disent : "non, y'à pas de problèmes... Ok, y'à une bombe qui a pêté dans la ville juste là hier, mais c'est pas grand chose, juste deux morts...". Ok.

Et puis je termine ma scéance diapos avec la classique arrivée, ici Cartagène :

mercredi 29 juillet 2009

Colombie partie un, en images

Vous voulez savoir comment s'est passe le passage du Darien, entre la Colombie et le Panama ? Tututut, patientez. En attendant, quelques photos prises ( avec un petit compact achete en depannement) entre Bogota et Medellin.

Et on repart encore une fois ! (content) Et on repart encore une fois ! (content)

Par contre crevaison 6km plus loin, en plein Bogota. Snif. Et crevaison 6km plus loin, en plein Bogota. Snif.

Aaaah. (heureux) Aaaah. (heureux)

Ce qui est bien avec le velo c'est qu'on se fait toujours plein de potes. Ce qui est bien avec le velo c'est qu'on se fait toujours plein de potes.

Ca, c'est la tronche que je tire apres une dure journee. Besoin d'une douche. Ca, c'est la tronche que je tire apres une dure journee. Besoin d'une douche.

Les colombiens sont des gens joyeux. Les colombiens sont des gens joyeux.

Mes potes camionneurs Mes potes camionneurs

Mes potes camionneurs Encore eux

Un soir dans la jungle... Un soir dans la jungle...

Ok, alors le mec a dit, une fois que t'arrives a l'antenne, t'as fini le premier des trois cols de la journee (le petit) Ok, alors le mec a dit, une fois que t'arrives a l'antenne, t'as fini le premier des trois cols de la journee (le petit)

Medellin, les poteaux chelous Medellin, les poteaux chelous

Medellin, le bordel architectural Medellin, le bordel architectural

Medellin, les statues de Botero Medellin, les statues de Botero

mardi 21 juillet 2009

Elements de stress

Si il y a bien quelque chose que je regrette, de ce voyage, c'est d'avoir toujours eu la pression du temps limité. J'ai essayé de l'oublier, de l'ignorer, mais rien n'y fait : elle est là, et elle a été là depuis le début du voyage. Ce qui est étrange, c'est que parfois, au lieu de me faire profiter au maximum du moment présent, cette pression me plonge dans un état apathique, qui peut durer plusieurs jours, à ne rien faire, ou à glandouiller sur internet, et donc à encore plus perdre de temps.... J'en ai perdu, du temps, et ça aussi je le regrette. J'aurais peut-être presque pu faire le double de distance. C'était d'ailleurs l'objectif à la base. Cependant, je pense qu'avec ce mode de transport et l'étendue géographique choisie, un an et demi aurait été nécessaire au moins pour explorer et profiter de cette zone. Ou mieux : être parti sans date, sans billet de retour.

J'ai eu le choix, en réalité. J'aurais pu choisir de ne pas prendre cette année de césure, de terminer mes études, et de partir enfin, libéré de toute contrainte... Peut être travailler au fil de la route, s'arrêter plusieurs mois à un endroit, repartir, vivre une vie de bohème pendant quelques années ? Enfin. J'ai choisi de partir tout de suite. Prendre une année de coupure, et revenir pour la fin de mes études : le 7 septembre, je suis certain d'être assis dans une salle de cours, dans le 5ème arrondissement de Paris. Il y a un bon côté : je ne me demande pas ce que je vais faire en rentrant, et je profite peut-être ainsi d'avantage du voyage. Comment aurais-je vécu, après des mois de voyage, un retour au pays, sans travail, sans maison, avec toutes les inconnues et insécurités que cela comporte ? Cela m'aurait-il angoissé pendant le voyage ? Pour cette dernière question, je connais à présent la réponse : c'est non. J'ai rencontré tellement de voyageurs sans perspectives fixes de retour qui ne se posent pas la question, et connaissent la liberté...

Si je pense au retour, c'est aussi que j'y suis forcé. D'abord, je me tape toutes les formalités administratives à la c..., certes facilitées par mail : choix de la spécialité et inscription à mon école d'ingé (fait), inscription en cité U (ah, eux des bureaucrates bornés qui me demandaient dans le même dossier un papelard signé de ma main, des enveloppes et des timbres français, des photos d'identité, un formulaire de "caution solidaire" et un chèque; quand je leur ait expliqué que ça allait être un peu compliqué, là tout de suite, et que peut-être qu'on pourrait attendre la rentrée, ils m'ont menacé de refiler ma chambre à quelqu'un d'autre). Les billets d'avion : un grand moment. Vous vous dites, vive internet et les agences en ligne, mais que nenni, je me suis fait annuler mes réservations auprès d'agences françaises sous pretexte de lutte contre la fraude banquaire. Ils ont dû voir que mon adresse IP était en Amérique Latine et flairer l'arnaque. Du coup je me suis retrouvé sans billets d'avion. Pour Cuba, j'ai alors essayé de passer par le site web de Cubana de Aviación, mais leur système informatique est en rade. Pourquoi Cubana : de Cancun, ce sont les seuls à voler vers l'île, à part Mexicana. Mais Mexicana me taxe 100$ pour le vélo par vol, donc 200$ A/R, alors que Cubana permet de l'inclure dans les 40kg de franchise bagages. Donc contact de l'agence de Cancun, au Mexique, qui a le bon goût de proposer des allers-retours en promotion à 270 US$. Arrive le moment de payer. Je veux faire un tranfert d'argent international. Je me connecte sur le site web de ma banque, je rentre les informations concernant le tranfert d'argent... Et ils m'expliquent que je dois rentrer un code confidenciel qu'ils m'enverront par courrier. Ok, laisse tomber. Donc Western Union et ses frais exhorbitants, payement en ligne par carte VISA.. Et eux me demandent d'appeller un numéro en France pour confirmer le tranfert, malheureusement avec le décalage horaire c'est fermé et je dois attendre le jour suivant ! Ah, oui, aujourd'hui, avec la mondialisation, l'argent circule sans barrières et instantanément, mais ça c'est surtout si tu veux acheter ton paquet de subprimes... Pour les vols Cancun Washington et Washington Paris, je me suis aussi méticuleusement renseigné quand aux conditions pour transporter un vélo. Normalement, je devrais pouvoir le faire passer sans frais comme bagage normal, en le démontant, sauf pour le premier vol où le cadre dépasse les dimensions autorisées, j'espère qu'ils ne pousseront pas le vice jusqu'à sortir le double décimètre.

Autant dire que tout ça prend du temps et me stresse un tantinet, ma bonne dame. Y'à aussi eu l'épopée de l'appareil photo. J'ai essayé de récupérer un reflex, forcément. Vu l'aspect de mon site, vous vous doutez que ça a lamentablement échoué. Y'à eu l'option de m'en faire ramener un par avion de France. J'y ait presque cru quand Nicolas, chez qui j'ai squatté été invité à Bogotá, m'a annoncé que son père arrivait par avion une semaine plus tard. Sauf que le bon monsieur est un technophobe complètement injoignable... J'ai pensé à me le faire envoyer par colis. Mais les douanes à l'arrivée ouvrent les colis, et si ils considèrent que c'est de l'importation, ils me font payer la tva locale, ouïlle. Et puis l'achat ici aurait peut-être été envisageable, même si cela me priverait de garantie au retour en France. On oublie en voyant les prix : j'ai cru m'étrangler quand j'ai vu que le D80 était proposé à presque 2000 US$ à Bogotá, alors que ce modèle commence à dater et que le successeur, le D90 (indisponible ici), se trouve à 1000€ dans n'importe quelle Fnac en France...

Râh, un autre truc qui m'énerve. Le netbook que j'avais acheté au Chili, et qui m'avait permis de bien écrire à un moment, a planté. Snif. Tout fout le camp, hein. J'écris à nouveau d'un cyber.

Mais je garde le meilleur pour la fin : la combine bien foireuse dans laquelle je suis fourré depuis quelques jours. Vous vous rappellez, j'avais plusieurs options pour aller vers Panamá, j'avais choisi de prendre un voilier depuis Cartagène. Cependant, ces *** de capitaines facturent à présent non moins que 380 US$ pour le passage. Bande de ***. Ok, il y a deux jours inclus dans le passage à glandouiller sur des îles tropicales et paradisiaques, mais quand même. Or dans mon hotel de Catagène, je sympathise avec un monsieur ingénieur dans la marine marchande, et je lui file un petit coup de main pour une traduction. Enfin, ingénieur, ce n'est pas très clair, le mec est décidemment un peu magouilleur. Et quand il apprend que je vais vers Panamá, il me dit qu'il a un ami, qui connait des amis, vous voyez le genre, qui peuvent sûrement me prendre sur un bateau qui fait du petit commerce entre la Colombie et Panamá. Moyennant finances, faut pas déconner non plus. Premier coup de fil, ça semble possible pour 100 000 pesos, soit 30€ (je bondis de joie intérieurement). Je prends donc rendez-vous pour discuter avec l'ami en question, appellons-le José. Le rendez-vous est dans la cafétéria d'un supermarché d'un centre commercial, parfait pour discuter d'affaires sensibles à l'abri des regards. Oui, ce ne doit pas être ulta légal, comme voyage, tout ça. Le José est l'exemple parfait du mec de qui il faut se méfier : la cinquantaine, connait toutes les combines, parle beaucoup trop. Evidemment, maintenant il parle de 300 000 pesos (100€). Mais ça reste une très bonne affaire pour moi, surtout si je peux partir vite, et j'en ai besoin (ce que le José a très bien compris, ce qui réduit mes marges de manoeuvre). Et ça sera une aventure intéressante de voyager sur un petit bateau de commerce. Pour José, ça sera 30 000 pesos pour jouer l'intermédiaire, il me les demande immédiatement, je lui dit que je lui "donne la moitié maintenant et la moitié quand je serais certain de monter sur le bateau, et je paye le passage directement au capitaine". Affaire conclue. Il va faire le tour de ses contacts, il faut que je l'appelle régulièrement pour voir si il y a du neuf. Je suis parti quelques jours à Santa Marta, une ville sur la côte à 250 km de Cartagène, et revenu hier puisque José m'annonçait qu'un bateau était près à m'embarquer, peut-être aujourd'hui. A présent, il faut que je lui donne l'argent du passage directement à lui, je m'en doutait un peu, ça signifie tout simplement qu'il a négocié moins avec le proprio du bateau et qu'il se garde de l'argent sous le bras. Par contre, je n'ai plus vraiment de doutes sur le fait que ça va marcher, je ne crois pas m'être fait entuber sur toute la ligne, je suis à peu près certain d'embarquer sur ce bateau vers Panamá. C'est clair, je ne suis pas du plus détendu qu'il soit avec cette affaire, j'ai pensé à un moment à annuler et prendre le voyage touristique normal, je hais devoir négocier avec ce genre de personnes où on n'est jamais vraiment sûr des choses, je hais devoir être méfiant, je hais me poser des questions et devoir prendre des décisions tout seul, sans personne avec qui en discuter. Allez, normalement demain ils ont fini d'embarquer la marchandise et je pars avec eux, prochain billet dans .... ?

lundi 13 juillet 2009

La Mule

Il est grand temps de parler un peu des aspects purement matériels et techniques de ce voyage : comment est mon vélo, ce que j'emmène dans mes bagages, ce que je mange, les avantages-inconvénients de ce couple vélo/bagages, en quoi consiste le quotidien concret d'un cyclo-campeur, à quelle rythme j'avance, comment je gère la fatigue, la soif, etc... J'ai bien eu le temps d'y réfléchir à tout ça (réfléchir, à part révasser et écouter de la musique, c'est mon occupation principale sur mon vélo, et je ne m'en lasse pas), pleurer sur un kilo de trop, adorer ou haïr tel ou tel aspect de mon vélo, etc. Ca pourra intéresser les autres cyclo-touristes, peut-être donner quelques astuces ou angles de réflexion sur le matériel à ceux qui veulent se lancer, et peut-être éclairer les autres sur le quotidien de mon voyage. Aujourd'hui, le vélo, aka la Mule.

Le vélo

P1000399

Son vrai nom, c'est Décathlon Triban Trail 7 taille XL (moins sexy, hein). Je l'ai acheté tout équipé (enfin sans sacoches quand même) au Décathlon de la zone commerciale de Plaisir (Yvelines), en 2006, à 300€ (ou 400€, je ne sais plus). À l'époque, étudiant en agronomie à Grignon, à quelques kilomètres de là, je cherchais surtout un vélo pour pouvoir faire mes courses à Plaisir et aller jusqu'à la gare de train de banlieue ! Puis je l'ai emmené à Paris quand j'y ai emménagé, ce qui m'a permis d'économiser une carte de transports en commun, ne m'y déplaçant qu'à vélo. Je ne me suis rappellé qu'à présent, pendant ce voyage, qu'au moment de l'achat, j'avais demandé au dernier moment au vendeur : "En fait, si vous aviez un vélo qui pouvait endurer un très long voyage, du genre quelques milliers de kilomètres, je peux mettre un peu plus d'argent, j'ai déjà fait un voyage à vélo et je vais peut-être en refaire un, peut-être en amérique latine...". J'avais complètement oublié cet épisode, j'étais persuadé que cette idée de voyage était beaucoup plus récente.

Alors, la Mule est un vélo mixte, plutôt VTT mais aussi adapté à la ville et à la route. Elle a un grand cadre en alu renforcé à la forme élancée un peu étrange. Elle pèse un peu lourd, quand même, dans les 16kg accessoires inclus, alors que d'autres vélos de cyclotourisme n'en font que 10-12, mais au moins, le cadre ne risque pas de casser et il est à ma taille. Enfin, peut-être un peu trop grand au final, mes bras sont trop allongés vers l'avant, et j'ai une position de conduite où le buste est assez relevé. Avantage : je ne me fais pas de torticoli pour regarder la route, je profite du paysage, désavantages : pas un aérodynamisme génial, trop de poids sur les fesses et pas assez sur les bras.

Les roues sont de 700, soit la grande taille normalement réservée aux vélos de course, mais avec des pneus un peu plus larges, ayant une bande centrale lisse pour la route et des crans latéraux pour la terre. Il y a un frein à disque à l'avant, très pratique, les plaquettes s'usent lentement et le freinage est efficace et précis, je peux freiner à 75% du frein avant puisqu'avec tous les bagages à l'arrière je ne risque pas de passer par dessus la roue avant. A l'arrière, frein classique. Il y a une suspension avant sur la fourche, que sur la route je reserre au maximum pour que l'ensemble soit plus rigide et qu'ainsi toute l'énergie soit utilisée pour avancer, il y avait une suspension sous la selle mais elle est cassée depuis longtemps (je l'ai alors démontée pour enlever le ressort et m'alléger). Les vitesses, de type VTT (3 plateaux, 8 pignons) se passent en un clic, j'avais peur avant de partir que la vitesse la plus puissante ne soit pas assez grande pour la route. En fait le problème ne se pose qu'en descente, sinon c'est parfait, j'utilise toute la gamme de vitesses disponible, petit plateau grand pignon dans les pires des montées, grand plateau petit pignon en plat avec du vent dans le dos. Porte bagages en acier, guidon type VTT mais avec des cornes et des fourreaux en mousse pour poser les mains. Je colle un drapeau par pays traversé sur le cadre et d'autres autocollants suivant l'inspiration, un du Che Guevarra, un "Paz", un "un auto menos" (une voiture en moins), un "j'aime l'agriculture", etc.

Juste avant de partir, j'ai fait changer tout l'ensemble pédalier-plateaux-chaîne-pignons, les plateaux avaient pris un choc et étaient un peu tordus et indissociables du pédalier. J'ai aussi changé la selle d'origine en gel, elle était fendue et le gel sortait par la fente, j'ai préféré prendre une selle assez dure et fine, pour limiter les frottements avec les cuisses. Au début, forcément, j'ai eu mal aux fesses, mais après quelques milliers de kilomètres la selle s'est faite à mon cul (ou mon cul s'est fait à la selle...). J'ai aussi rajouté un vélocimètre pour compter les kilomètres, je l'ai oublié dans une poche en France avant de partir et j'ai dû en racheter un au Brésil... Il me sert également de montre, au début je n'arrêtais pas de le regarder (vitesse instantanée, vitesse moyenne, temps de pédalage, etc), puis je me suis forcé à moins le regarder, le temps et la vitesse ne doivent pas avoir d'importance. J'ai aussi mis un porte-bidon pour bouteille d'eau d'1,5L, extrêmement pratique, ça évite de devoir re-remplir les bidons en permanence et on trouve des bouteilles plastiques partout.

J'oublie : j'ai rajouté au Chili des cales-pieds. Il y en avait monté d'origine, je les avait enlevé n'y voyant pas d'intérêt pour mon utilisation. J'en ai racheté au Chili et j'ai été ravi de cette idée, ils rajoutent facilement 5% de performance : au lieu de simplement pousser sur les pédales, les pieds peuvent aussi tirer dessus quand la pédale remonte. Quand un pied pousse, l'autre tire : c'est bête et ça marche très bien. Enfin, c'est plus compliqué que ça, puisque c'est un mouvement circulaire, le cale-pied sert aussi à pousser vers l'avant à partir de la moitié de la remontée de la pédale, vous voyez ? Le seul truc, c'est que faut prendre le coup pour glisser le pied dedans, et qu'en cas de chute on risque de rester bloqué à cause des sangles... J'ai même, dans l'élan d'enthousiasme de cette nouvelle découverte, failli mettre des pédales où la chaussure vient se clipser dedans comme les pros, mais j'ai renoncé au vu du prix et de la perspective de devoir me trimballer une paire de chaussures en plus.

Historique de mes vélos (on peut considérer que celui là, c'est la Mule 2.1). Il y a d'abord eu mon premier vrai vélo, la Mule béta, superbe VTT, cadeau de mon père à la fois pour noël 2004 et mon anniversaire de 19 ans. Il devait me servir pour mon premier voyage, le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Et puis, comme un con, je l'ai sorti à Paris (j'étais en prépa) deux semaines avant de partir, et malgré deux cadenas, il s'est fait chourave en moins de trois heures dans le 8ème en pleine journée ! Les grosses, grosses boules. J'ai donc dû partir en voyage avec le seul vélo que j'ai trouvé, le b-twin de mon père (la Mule 1.0)! Et puis, avec les modifications faites, la Mule 2.0 a changé à la version 2.1... Pourquoi la Mule, d'ailleurs ? Le nom est en hommage à la monture de Sancho Panza dans Don Quichotte (bien que, vérification faite, ce soit un âne), ensuite parce que comme une mule, c'est un animal hybride qui parfois refuse d'avancer, c'est aussi à cause d'une chanson débile de David Lafore (voir cette vidéo), et enfin à cause de mon penchant geek sur les bords (eMule...).

Forcément, il y a eu quelques problèmes, mais mineurs. Vu la quantité de kilomètres et les contraintes auxquelles est soumis mon vélo, je trouve qu'il a vraiment très bien tenu le coup jusqu'à maintenant. Les crevaisons, on n'en parle pas, mais elles ont été assez peu fréquentes puisque mes pneus ont une bande anti-crevaison.

Le problème principal concerne les pneus, puisque le format 700 large est inexistant ici. Le pneu arrière, à cause du poids, s'use vite : après le pneu original j'en ai usé un autre de mauvaise qualité et trop fin, puis un troisième pneu (de course !) m'a permis d'atteindre Bariloche. Là m'attendait enfin un pneu Michelin arrivé directement de France. Par contre, le vendeur s'est gourré, j'ai récupéré un pneu de ville au lieu d'un pneu de randonnée ! Le pneu avant commence sérieusement à m'inquiéter, j'espère qu'il tiendra le coup jusqu'à la fin... Voilà, donc le 700 c'est bien pour rouler, moi je le préfère au 26", mais si vous partez et ne voulez pas avoir d'emmerdes, prenez peut-être du 26", on trouve des pneus de rechange partout. Là, je viens de lancer le plus gros troll qui existe chez les cyclotouristes, c'est à peu près comme si je lançait le débat Mac/Windows/Linux chez les geeks. Ah, et si vous voulez la référence de pneu ultime chez les cyclotouristes, c'est tout cette gamme .

La seule vraie casse a concerné le moyeu arrière : le pas de vis qui maintient les pignons en place s'est fissuré, résultat les pignons se baladaient latéralement et j'ai donc dû faire changer tout le moyeu à Trelew (Argentine), ce qui signifie démonter tous les rayons, les remonter, recentrer la roue... Truc rigolo : avec les vibrations et le poids, les vis qui maintiennent le porte-bagages en place ont tendance à foutre le camp, ça m'est arrivé que d'un coup que le porte-bagages tombe sur la roue, j'ai dû temporairement utiliser les vis du porte-bidon. Et puis il y a eu les trois rayons arrière pétés à la frontière boliviano-péruvienne. Je n'ai pas voilé de roue, pas non plus cassé la chaîne, le cadre est intact, les cables sont d'origine, les changements de vitesse aussi, vraiment de la chance, quoi... L'entretien normal : huiler la chaîne, re-gonfler les pneus, ajuster les vitesses, changer les freins arrière (voir prochainement rubrique matériel).

Est-ce que je repartirait avec la Mule ? Question compliquée. Ce n'est sûrement pas le vélo idéal pour faire ce que je fais. C'est vrai que je me suis longtemps mordu les doigts à cause de son poids : quel intérêt de partir avec les bagages d'une BUL (Bicyclette Ultra-Légère, relation aux MUL, Marcheurs Ultra-Légers, tout se recoupe), si c'est pour les mettre sur un vélo aussi lourd ? Mais je suis parti vraiment au dernier moment, et j'ai préféré prendre un vélo que je connaissais bien plutôt que me hazarder à acheter un nouveau vélo et seulement le tester sur la route. Maintenant, je pense que c'est le bon choix, surtout que ce petit Décathlon a incroyablement bien tenu. Et puis, ça coûte cher, un vrai vélo de cyclotourisme : on peut en trouver bradés à 1000€, ça va facile jusqu'à 5000€. Le nec plus ultra est le cadre fait sur mesure par un artisant, avec des fins tubes en acier, légers, souples et résistants (pas besoin de fourche suspendue, la fourche en acier peut absorber les chocs). N'empêche, les vélos de Max et Raph m'ont bien plu (ils y ont mis le prix, quand même), surtout pour deux accessoires : le guidon spécial cyclotourisme en forme d'oreilles de Dumbo (ou de papillon, c'est comme on voit) et la selle Brooks en cuir faite main en Angleterre (à partir de 150€, la selle seule...). Et puis leur cadre Cannondale en alu moulé en une seule pièce, sans soudures, léger, avec la fourche suspendue que l'on peut désactiver d'un geste, rhôô... Enfin, chacun son vélo, en fonction de son corps, de son type de voyage, des bagages, de la distance, vitesse, surface des routes, préférences de position, ce qui influe sur la forme, taille, poids, composition du cadre, le type de guidon, de selle, de vitesses, d'accessoires, etc. Je crois qu'au vu du nombre de cyclotouristes croisés et de l'expérience que j'ai accumulé, je suis à présent beaucoup plus apte à me choisir un vélo qu'avant le départ. Peut-être que je m'en achèterai un autre pour mon prochain voyage : la Mule #3 ?

Ah, en fait, par rapport à quand j'ai écrit ce billet, j'ai effectué un petit changement sur mon vélo : aurez-vous l'oeil assez avisé pour deviner de quoi il s'agit ?

jeudi 2 juillet 2009

Quelque temps auparavant...

J'interromps enfin ce long silence pour vous donner des nouvelles. D'abord, où je suis : à une centaine de kilomètres de Medellín (la ville de feu Pablo Escobar) en Colombie. Je suis reparti à vélo il y a quatre jours de Bogotá. Il est huit heures du soir, il fait noir depuis une bonne heure et demi - je suis de retour dans la zone intertropicale où le jour dure douze heures, de six heures à six heures. Je campe juste à côté d'un poste militaire, pour plus de sécurité. Je vous rassure, le pays à présent est très sûr, à l'exception d'une zone de jungle contrôlée par les FARC dans laquelle je ne mettrai pas les pieds. Uribe a mis le paquet sur la sécurité, avec les dérives que l'on sait (copinage avec les paramilitaires, etc.) mais ça a fini par marcher. Il faut voir que les routes sont gardées par les militaires, avec des postes de contrôle assez rapprochés. Rien que pour aller de la frontière de l'Equateur jusqu'à Bogotá (fait en bus), on s'est bien fait arrêter une demi-douzaine de fois, on m'a demandé mes papiers deux fois et fouillé mon sac une fois... Ceci dit (et contrairement à la France) les militaires sont relativement agréables et courtois durant ces contrôles, et quand il m'arrêtent à vélo je les soupçonne de vouloir juste assouvir leur curiosité ! D'ailleurs, ce soir ils m'ont eux même montré où camper et m'ont dit de passer les voir pour n'importe quel problème. Je ne suis pas sûr que si un colombien débarque à vélo, sale, puant la sueur, à un poste militaire en France, et demande à dormir dans le coin, il soit traité aussi gentiment...

Il fait assez frais ce soir, je suis remonté à nouveau à 1000 mètres d'altitude. La cordillère des Andes se divise en plusieurs chaînes en Colombie, Bogotá est perché sur la cordillère orientale, Medellín sur l'occidentale, ce qui signifie que j'ai été assez maso pour redescendre presque au niveau de la mer et remonter à nouveau, avec tous les hauts et bas intermédiaires. Dans la vallée entre les deux cordillères, il faisait une chaleur humide étouffante qui m'empêchait de dormir. Mon gros sac de couchage de montagne ne sert plus à rien, je vais essayer d'en changer à Medellín.

C'est vraiment beau, la Colombie. Il y a du vert et de l'eau partout, la montagne est couverte de jungle, avec des bananiers le long de la route, des cascades, pas trop de moustiques, des beaux arbres, des fruits délicieux et inconnus qu'on peut goûter pour deux fois rien, bienvenue au paradis sur terre. Rajoutez une population aimable, accueillante et joyeuse (pour la moitié féminine, j'avais un doute quand aux commentaires dithyrambiques des autres voyageurs, et en fait si, je confirme, c'est vraiment fou comment les filles sont super mignonnes), de la bonne musique crachée par des hauts parleurs un peu partout - salsa, regetón et - étrange - chanson de mariachi mexicain... Ah, oui, ça vaut la peine de venir voyager ici.

Alors, avant. Je m'étais arrêté à Cuzco. J'ai visité le Machu Picchu, évidemment. Je me sentais un peu obligé à cause de tous les gens déclarant "ah tu vas à Cuzco tu vas visiter le M.P." comme une évidence, mais pas sûr d'être passionné par la chose, comme souvent par les visites de bidules touristiques. D'autant plus que la façon cheap de visiter l'endroit est un peu sport - tape tes heures d'escaliers incas en pleine nuit pour arriver en même temps que les bus à l'entrée du site... Mais, je l'avoue, c'est un endroit magique. Arrivé au petit matin, le site était plongé dans le brouillard, je suis monté au Huayna Picchu (la montagne en pain de sucre qui surplombe les ruines) pour voir les pans de brume glisser avec le vent entre les ruines et les montagnes les entourant, les cachant, les remontrant... Si vous avez vu "le château dans le ciel" de Hayao Miyazaki, graphiquement et émotionnellement, c'est une expérience similaire. C'est vraiment unique, de se retrouver face à une ville entière d'une civilisation n'ayant eu aucun contact avec la notre aussi bien conservée, il ne manque que les toits de chaume, mais la nature a repris ses droits, ce qui dégage ce sentiment unique de "splendeur passée", sur laquelle est passée le temps, usé dans de nombreux films. Et puis, les incas étaient des gens bizarres. J'ai essayé de m'imaginer comment devait être la ville avec des des personnes dedans (autres que des touristes bedonnants à appareil photo). A quoi ressemblait la place centrale, sans marché ? Et oui, les incas n'avaient pas de monnaie, et pas de monnaie, pas de marché ni de commerces... Une chose qui frappe dans la visite du Machu Picchu : les terrasses agricoles sont au coeur de la ville, on est entouré par des montagnes sublimes, au milieu des nuages... les incas semblaient porter beaucoup d'importance à leur relation avec la nature. D'ailleurs, le culte de la Pacha Mama (la Terre Mère) reste très fort aujourd'hui, de la zone Mapuche au Chili jusqu'en Ecuateur, transpassant les frontières et les éthnies...

Bon, je dis je concernant cette visite, mais je devrais dire nous, une belle bande de cyclotouristes, on se retrouve toujours, y'avait Julien le breton, Amélie et Michel les suisses et Martín l'uruguayen. Pas mal sympathisé avec les suisses. Lui arrive de San Francisco, parti à peu près en même temps que moi, autant dire qu'il n'a pas chômé. Bon, il avait l'entraînement : il bossait comme coursier à vélo à Lausanne. Et Lausanne, ce n'est pas plat. Je reviendrais sur les cyclotouristes et sur le voyage à vélo quand je parlerai de la maison cycliste de Trujillo.

Merci Facebook, avant de repartir de Cuzco, je reçois un message du genre "qeuuu-wha, tu es à Cuzco, ben vas-y passe à l'appart !" d'un mystérieux Thibault. Je me suis demandé un moment d'où il sortait, celui là (et comment il s'était retrouvé dans mes contacts Facebook); je l'avais croisé quelques mois avant à Bariloche, en Argentine. Là il travaillait pour une ONG dans une prison pour adolescents à Cuzco (des jeunes charmants, vols, meurtres, viols, etc.). Chose incroyable, surtout pour ici en amérique latine, c'est que pour une fois ils ont fait quelque chose de bien concernant les prisons pour mineurs : des conditions matérielles correctes, un vrai suivi psychologique, pas de violence, un taux de récidive ultra-bas (7% si je me rappelle bien), les ados sont poussés à poursuivre leurs études et le font, etc. Pour dire, il y en a qui ne veulent plus sortir du centre, et des européens viennent en visite pour voir comment ça marche !

Après bus, bus. Le Pérou est énorme, mais forcément, pour moi qui voyage à vélo, j'ai l'impression de passer un bon film en accéléré, c'est frustrant. On passe rapidement d'un écosystème à un autre totalement différent, tout dépend de l'altitude et de la position par rapport à la cordillère. En simple : à l'ouest, la côte est un vrai désert, avec juste quelques oasis, en allant vers l'est arrivent les contreforts des Andes, tout aussi désertiques, puis les Andes pour de vrai. Là par contre c'est sublime, ça monte à plus de 6000 mètres avec des volcans et des sommets enneigés, les lamas, les champs de maïs et de patates, c'est là que ça se passe. Puis le versant est de la cordillère est beaucoup plus humide, de plus en plus de végétation et de chaleur en descendant les étages, pour se retrouver à la fin dans la jungle du bassin amazonien.. Après Lima (sans grand intérêt), j'ai fait une pause à Huaraz, dans les montagnes, pour retrouver Diane, une amie, et faire une petite rando. Pour qui aime la montagne, c'est géant comme endroit, il faudrait au moins un mois pour explorer convenablement la zone. Puis re-bus vers Trujillo, pour squatter à la casa de ciclistas. Mais c'est une autre histoire, surtout que la batterie de mon ordinateur portable est à plat et que je n'ai pas d'électricité dans ma tente.


Rajout au moment de publier :

Le blog de Michel annonce la mort d'un cyclotouriste, Manuel Flamini, happé par un camion fou au Pérou. Il voyageait depuis sept ans sur le continent avec son frère Bernardo, et était en train de revenir chez lui, en Argentine... Ça fait mal, cette nouvelle. Enfin, moi, ça me porte un coup.

Les Flaminis, je ne les connaissais pas, mais j'en avait pas mal entendu parler. Des artistes, des vrais voyageurs à vélo, le genre toujours à l'arrache, jamais d'argent mais un coeur grand comme ça et le courage. Une grosse pensée pour Bernardo.

mardi 16 juin 2009

Pause blogging, gros saut vers le nord

Oui, pas grand chose de neuf dernièrement sur ce blog. Vous affolez pas, ça va arriver. Bande annonce rien que pour vous :

  • Visite du Machu Picchu. Un endroit exceptionnel, vraiment.
  • Cuzco - Lima - Huaraz (petite rando) - Trujillo en bus (je ne veux plus compter les heures, mais cumulé je dois en être dans les 50 dernièrement)
  • Pause à la casa de ciclistas de Trujillo : la légendaire hospitalité de Luís "Lucho" Ramirez d'Angelo n'est pas qu'une légende. Rencontré des tas d'autres cyclovoyageurs les uns plus tarés que les autres (tel ce prêtre brésilien de 65 ans faisant le tour du monde en vélo couché...) et entendu des histoires de voyageurs passionantes.
  • Bus encore.... 30h plus tard, arrivé à Quito, Equateur, d'où je vous écris. Je repars pour un petit bout à vélo : ça serait dommage de ne pas traverser la ligne d'équateur de cette façon là !

A venir, comme qu'on dit.

P.S. : En fait, le père Valdo, il a vraiment un style impayable, on dirait un mix d'abbé Pierre et de Léonard da Vinci sur un vélo couché, je peux pas résister à mettre une photo :

vendredi 5 juin 2009

Quelques désagréments en direction de Cuzco

Je vous avais dit que le trajet La Paz - Cuzco, malgré ses apparences trompeuses de tranquilité sur la carte, avait été un peu cahotique, voire catastrophique, je rajouterais emmerdant, pas de contacts exceptionnels avec les locaux et dur par moments. Le pire, c'est que ça a continué sur Cuzco.Pire encore, maintenant il faut que je vous le raconte, je m'atelle donc à la tâche avec courage. Bon, j'exagère, il y a eu aussi des bons moments. Allez allez.

Sortie de La Paz. J'ai regardé en contreplongée El Alto 500m plus haut, j'ai pensé à la sale pampa qui le prolonge jusqu'au lac Titicaca, j'ai considéré ma gueule de bois et les menus désagréments gastriques l'accompagnant, et j'ai pris la courageuse décision de prendre un bus jusqu'au pied du lac, environ 120km plus loin. Premier petit foirage qui aurait dû m'avertir de la suite, après avoir poussé mon vélo en montée jusqu'au coin du cimetière d'où partent les bus vers le lac (pas de terminal, rien d'officiel, hein, juste tout le monde sait que c'est de ce coin de rue là qu'ils partent), on m'annonce qu'il est trop tard, qu'il n'y a plus de bus, je redescens donc jusqu'à la casa ciclista pour y passer la nuit.

Le lendemain matin, je prends enfin ce foutu minivan jusqu'à Tiquina, au pied du lac Titicaca, vélo sur le toit. Là il faut prendre un "ferry" pour traverser un petit isthme, enfin quand je dis ferry, c'est une barque en bois plate et allongée qui prend l'eau avec tout juste la place pour un minibus et un vélo, s'enfonçant dangereusement quand elle est chargée. Pour s'éloigner de la rive c'est en poussant avec des perches et le reste se fait avec un moteur d'hors-bord qui a du mal à démarrer. D'ailleurs, renseignement pris, y'a bien une vingtaine de barques avec leur chargement qui gissent au fond du lac dans les quelques centaines de mètres qui séparent de l'autre rive, on ne peut pas les sortir de là faute de plongeurs.

Vélo le reste de la journée jusqu'à Copacabana. Ok, c'est beau le lac Titicaca (3800m s.l.n.d.l.m.), mais ça ne casse pas des briques non plus. Et puis ils sont cons ces boliviens, au lieu de faire passer la route tranquillement par le bord du lac, non, faut que ça passe par l'intérieur des terres et que ça monte à 4300m. Il y a du soleil, mais le lac agit comme un réfrigérateur géant, disons qu'à la tombée du jour je pédale avec deux polaires et un coupe-vent.

Copacabana, l'unique station balnéaire bolivienne (y'en a qui sont assez fous pour se baigner), est un charmant petit village bien conservé et hors de prix. Le prêtre de la basilique, moyennant finances, place les véhicules sous la protection de la vierge locale pour un an, les boliviens trouvent que c'est plus sûr et moins cher que de se payer une assurance. J'y rencontre Pierre-Jean, à moitié suisse et à moitié salvadorien, étudiant à sciences-pô Grenoble et stagiaire à Cochabamba. Nous dînons ensemble (de la truite pas fraiche qui me posera des problèmes ensuite, à moins que ce soit celle du déjeuner) et nous discutons du sous-continent, de ses problèmes de développement et d'émancipation, de ses politiques, pas mal de France et d'Europe aussi... Nous acrochons bien, peut-être du fait de la double-identité partagée. Je vous invite à lire son blog sur la Bolivie, c'est intéressant et bien écrit, tout comme le blog d'analyses latino-américaines de sa promotion. Plus tard nous rencontrons un autre français habitant au Brésil, re-discussion autour d'une bière. Ok, autant le dire tout de suite, ça c'était le moment le plus sympa de ce trajet.

Le lendemain est prévue l'expédition vers l'île du soleil, l'île sacrée des incas où sont nés rien de moins que le soleil, la lune et le premier empereur inca. Le matin j'ai à nouveau quelques problèmes gastriques, je n'y prête pas trop attention, tout émoustillé à l'idée de me plonger enfin dans le coeur de la culture inca. Grave erreur : les deux heures de traversée vers l'île seront un grand moment de solitude (pas de toilettes sur le bateau). Arrivé sur l'île, c'est l'écroulement, je passe la matinée à mi-temps aux premières toilettes que je trouve, l'autre mi-temps en train de me tordre de douleur par terre sur les pavés du port (ce qui laisse indifférent les touristes et les locaux, nous vivons une grande époque de solidarité humaine). Pour ne pas être coincé sur l'île, la seule solution est de remonter ensuite dans le bateau qui mettra cinq heures pour revenir à Copacabana, puisqu'il faut qu'il aille d'abord chercher les touristes qui auront marché jusqu'à l'autre bout de l'île puis qu'il fasse encore quelques pauses touristiques le long de la côte. Moi, recroquevillé dans un coin, fiévreux et mal de ventre à crier. Enfin revenu à Copacabana je me traîne avec difficulté jusqu'à mon hôtel. La fièvre a encore augmenté et durera toute la nuit, mais je peux prendre des antibiotiques qui feront effet le lendemain.

Faible mais presque guéri, je décide de fuir la malédiction de l'inca. Je reprends en fin d'après-midi un bus vers Tiquina, là où se trouvent les barques. J'y passe la nuit dans un hébergement miteux (du genre matelas en paille et pas de toilettes), puis je me fais tamponner le passeport pour la sortie du territoire bolivien. En effet, le plan est de passer la frontière avec le Pérou par le côté nord-est du lac où il n'y a pas de poste frontère, beaucoup moins fréquenté, la route normale passant par le sud-est. Journée sans histoires, à part un terrible vent de face qui me fera faire beaucoup moins de kilomètres que prévu, le soir je trouve un endroit tranquile pour camper, je mange un peu de riz avec prudence. La nuit est froide, des bouts de glace se détachent du toit intérieur de ma tente au matin, je continue le lendemain avec des gants chauds.

Il y a un gros problème le long de la route : les pêcheurs sont en colère à cause d'une mine qui rejette des polluants toxiques dans le lac et ont organisé un grand bloquage de la région. Je passe un premier barrage en discutant un peu. Plus loin, des dizaines de personnes sont bloquées dans un village, un policier me déconseille de continuer, les grévistes sont vraiment en colère, sont armés et ont la fâcheuse tendance de boire dans ces circonstances là. Le problème, c'est que je n'ai plus qu'un jour pour quitter le territoire bolivien, j'ai fait tamponer mon passeport avec la date du jour d'après, je continue donc. Je passe un deuxième barrage en feintant par une route en terre parallèle à la route principale. Mais je tombe sur un troisième gros barrage en arrivant dans une ville. Là, pas trop le choix, je dois m'arrêter, je me fais vite entourer par les bloqueurs, une petite centaine, leurs femmes sont assises sur une pente à côté et regardent. On me dit que je ne passe pas, on me demande mon passeport. Je dis que je ne montre mon passeport qu'à la police. On me dit qu'ici, la police, c'est eux, et que de toutes façons ils ont tous les droit d'après la dernière constitution d'Evo Morales. Je dois admettre qu'ils ont raison, cette constitution admet la primauté du droit communautaire sur le droit national, sur le papier ça fait joli mais si on y réfléchit ça signifie que si ils invoquent une quelconque tradition ou droit ancestral ils ont tout à fait le droit de me lyncher sans que l'état puisse bouger le moindre petit doigt, alors je donne gentiment mon passeport. Ce faisant, je discute un peu, en adoptant ma technique anti-ennuis éprouvée du mec super tranquile un peu à l'ouest mi-attendrissant mi-rigolo. D'ailleurs, je les fais rire, ce qui me permet de désamorcer la connerie d'un mec bourré qui déclare : "eh, les gars, c'est ptète un espion de la mine !" Au final, je passe.

Ah, un autre problème (je les accumule), c'est que je n'avais pas trop fait attention aux finances mais je n'ai presque plus d'argent bolivien, à côté j'ai 2€ en monnaie péruvienne que m'a donné Marion à La Paz, il n'y a pas de maison de change ni de distributeur jusqu'à un endroit assez avancé du territoire péruvien, il faudra donc que je vive sur mes provisions et que je campe. Je prends une dernière soupe sur la place principale, la vendeuse me l'offre, ce qui me permet d'investir dans quelques provisions de plus ! Une belle façon de quitter la Bolivie. A partir de là, la route est en terre jusqu'à Puerto Acosta, dernière ville bolivienne, où j'arrive au soir. Je sors de la ville par une route qui monte dans la montagne pour trouver un endroit où camper, j'en trouve un parfait, une plateforme enherbée en contre-haut de la route donc invisible de celle- ci, orientée vers l'est donc avec le lever du soleil, je décide de bivouaquer pour profiter du ciel étoilé et sans nuages. Nuit encore plus froide que la précédente, ce coup-ci c'est mon sac de couchage qui est couvert de givre au matin ! Le chemin continue par une belle montée et des gros caillous pour redescendre du côté péruvien. Premier contact avec un péruvien : "eh, file-moi de la bouffe". Deuxième contact : "je suis le chef de la communauté ici, faut que tu me donnes de l'argent" (ce sera non, bien entendu). Troisième contact : des gamins essayent de me chiper ma deuxième bouteille d'eau sur le porte-bagages. Charmante bienvenue. C'est la grosse différence avec le bolivien : le péruvien est peut-être plus ouvert et sympa au premier abord, mais il est aussi plus menteur, voleur et gonfle toujours les prix pour les gringos (chose qui ne passait presque jamais par l'esprit du bolivien). Faudra que je fasse gaffe dans ce pays.

Première vraie ville, Conima, je vais au comissariat pour obtenir un tampon d'entrée sur le territoire. Mais eux ne peuvent pas me le donner, ce passage de frontière n'est pas autorisé, il faudra que j'aille au moins jusqu'à Juliaca, une grosse ville à deux jours de vélo ! Bon. Au moins, la route en terre est en très bon état, d'ailleurs ils vont bientôt l'asphalter, il faut que je fasse attention aux travaux sur la route, ils utilisent de la dynamite. J'avais fait l'erreur la veille de trop gonfler mes pneus et d'aller un peu trop vite dans les descentes, tout en étant bien chargé : côté bolivien, j'ai cassé un rayon de ma roue arrière, le premier du voyage, côté péruvien deux autres rayons lâchent dans la même journée, ça commence à devenir très inquiétant. Le soir je campe encore, pas vraiment le choix, bien caché vu mes premières expériences péruviennes, il fait heureusement un peu moins froid. Les problèmes intestinaux reviennent le lendemain ! Mais l'asphalte aussi, ce qui me permet de pousser jusqu'à Juliaca, un gros tétris de briques rouges posé au milieu de l'altiplano, élue ville la plus moche du voyage par nombre de cyclovoyageurs; ceci après m'être fait controler pendant la journée par des policiers qui n'ont pas vraiment apprécié ma situation de clandestin entré de façon irrégulière (j'ai échappé à la prison et à la reconduite à la frontière).

Il y a un point positif à Juliaca : c'est la ville péruvienne où il y a le plus de cyclo-taxis, des milliers qui arpentent les rues les uns à la suite des autres, je pourrais sûrement faire réparer mes rayons ! J'y trouve un distributeur VISA et un hôtel pas trop mal, 6€ la nuit avec salle de bains privée, passe une nuit bien douloureuse, j'ai vraiment extrêmement mal au ventre, les antibiotiques ne font plus vraiment d'effet. Le lendemain, je fais les boutiques de vélo et j'ai la chance de trouver trois rayons à la bonne taille (je déconseille de partir avec des roues de 700 et des rayons de VTT en amérique latine sans pièces de rechange). Deuxième nuit malade. Mauvaise nouvelle : il faut que j'aille à la capitale de région, Puno, pour me faire régulariser. Nous sommes dimanche, je ne fais rien de la journée. Troisième nuit encore malade mais un peu mieux. Lundi matin, passeport en main, je prend un minibus jusqu'à Puno. Au bureau des migrations, je tombe sur un con. Après avoir raconté mon histoire : "il n'y a pas de migrations côté bolivien à Tiquina, vous racontez des bobards" "ben... euh, si, y'en a, puisque j'y suis allé" "arrêtez de mentir, et puis ici nous ne sommes pas un poste de contrôle, c'est un bureau, on ne donne pas de visa d'entrée, allez, dégagez, on ne veut plus vous voir". J'insiste auprès d'une autre employée, ça remonte jusqu'à la directrice. Enfin, on me fait signer un papier où je déclare être passé par une entrée de contrebandiers, mais on m'appose le tampon d'entrée dans le passeport. Gagné ! Retour l'après-midi à Juliaca. Je n'ai aucune envie de rester encore une nuit dans cette sale ville, j'ai encore le ventre déglingué mais je pars tout de même faire une vingtaine de kilomètres à vélo et trouver un endroit où camper sur l'altiplano.

Le lendemain, je repars mal, mais je repars quand même. Le vent est de face et ça durera jusqu'à Cuzco. Je m'endors dans la matinée sur le bord de la route, je me réveille quand un camion me klaxonne dessus. Les péruviens sont encore d'avantage des monomaniaques du klaxon que les boliviens, c'est un réflexe pavlovien : un stimulus quelconque, du genre un mec à vélo sur la route, réaction instinctive je klaxonne. Pour le mec à vélo, la journée devient logiquement un concert de klaxons et c'est un peu lassant. Surprise dans la journée : un cyclotouriste me rattrape de derrière (en me faisant sursauter avec son "hola !", forcément je ne l'avais pas entendu venir), c'est Sergio, suisse-allemand à moitié espagnol. Au début je suis content de pédaler avec lui, ça me booste un coup, nous campons le soir dans une maison abandonnée de l'altiplano. La nuit, je ne dors pas, j'ai mal, je dois me lever pour faire mes besoins et aller vomir. Ça va un peu mieux au matin. Par contre, le Sergio me fait une moins bonne impression que la veille. Le gars, il ne parle pas beaucoup, quand il parle il est bizarre et il a une tête qui ne me revient pas. Et il me raconte que dans la vie normale, il va "au fitness". Me méfie des gens comme ça. Les suisses-allemands, de toutes façons, dans la famille, ça ne réussit pas vraiment. Puis il a du super matériel et un bon entraînement (sans parler du fitness) alors j'ai du mal à le suivre, ça m'énerve. Ça m'énerve aussi que ça soit un pas très doué de la vie, je prends les décisions, je fais à manger, autant être tout seul dans ces cas là. Bref. Sinon, c'est un garçon très gentil, hein, mais ça aussi ça peut énerver. Je crois que de toutes façons, je suis un peu de mauvaise humeur en ce moment.

Un truc marrant c'est que nous croisons trois français à vélo, à l'arrache, mais alors complètement. Un soir bien arrosé dans un bar à Cuzco, ils se sont dit "allez on repart à vélo jusqu'à la Bolivie" ! Ils se sont trouvé trois vélos et de quoi se faire des porte-bagages et des sacoches, mais à mourir de rire. Disons qu'ils ont des bassines pleines de vêtements accrochées avec des tendeurs sur le porte-bagages avant et que ça fait dix jours qu'ils sont partis de Cuzco. Très heureux de leur expédition, les gars (il y a une fille dans le tas) ! Nous déjeunons avec eux. Dans l'après-midi, il faut passer un col qui marque la sortie de l'altiplano. Toujours avec le vent froid dans le pif qui freine un maximum, hein. Le soir, dans la redescente, nous nous arrêtons dans des thermes d'eau chaude pour y passer la nuit, Fermín, le gars qui s'en occupe, nous laisse (moyennant finances) poser nos sacs de couchage dans sa cabane. Qu'est-ce que ça relaxe de se baigner dans des eaux à 40ºC ! Je trouve qu'en discutant avec Fermín, Sergio est complètement à côté de la plaque, il va jusqu'à se plaindre que son salaire (3000 US$) n'est pas très élevé puisque le coût de la vie est très cher en Suisse ! Et il explique que si il fait ce voyage à vélo, ça lui permet d'économiser sur le fitness, c'est plus malin ! Plus tard, un peu énervé, et je lui demande de penser au niveau de vie qu'il peut se permettre avec son salaire (appartement certes petit mais tout confort, nourriture de très bonne qualité, soins décents, etc), et le niveau de vie qu'un mec comme Fermín a. Décidemment, ça passe de moins en moins, et pourtant, je suis d'habitude quelqu'un de tolérant.

Un jour de plus : ça ne fait que descendre, mais le vent freine. Toujours avec le suisse-allemand, pas trop le choix, on avance sur la même route à la même vitesse, si je veux m'en séparer il faudrait que je sois très désagréable, je répugne beaucoup à être comme ça, je continue donc avec lui jusqu'à Cuzco, ce n'est plus très loin. Ah, mon ventre va mieux, tout de même. Une nuit dans une ville à cinquante kilomètres de Cuzco, puis l'arrivée à Cuzco pour l'heure du déjeuner. Là, quand même, le niveau d'irritation est monté assez haut. Par exemple, pendant une pause thé, des péruviens étaient en train d'avoir une discussion animée en quechua, ce sont des belles sonorités, j'ai sorti discrètement mon mp3/dictatophone... A ce moment là, Sergio : "ach ! fous êtes en train de parler indien !?" (dire "indien" est très péjoratif, il faut dire "indigène", et à part ça il me nique mon enregistrement). Ou alors, pendant l'entrée dans Cuzco, quinze kilomètres de périphérie avec un traffic assez dense, je lui ai répêté trois fois de se mettre en ligne et d'éviter de coller sa roue avant à 10 cm sur le côté de ma roue arrière, résultat au premier obstacle imprévu, coup de frein et de guidon, l'autre boulet m'a percuté... Le pire, c'est qu'il s'est attaché à moi, lui, il veut absolument que l'on fasse le Machu Picchu ensemble, quand je lui dit que je me reposerais sûrement quatre-cinq jours à Cuzco avant d'y aller et que je prends l'option aventure, il me dit qu'il peut attendre. Au secours.

Cuzco, l'ex-capitale impériale des incas... Les pauvres, ils auraient vu ce que c'est devenu, blindé d'occidentaux en goguette, des bars-restaurants-discothèques-salons-de-massage-très-spéciaux partout, des rabbateurs qui n'arrêtent pas de vous alpaguer en anglais... Bon, heureusement, je tombe dans un hébergement très agréable, où, pour changer, il y a encore une bande de français bien sympathiques. Julien, un autre cycliste que je connais par internet, arrive le même jour du nord. Ce seront quelques jours à ne strictement rien faire (enfin, jouer aux échecs, lire, manger, discuter autour d'un café, sortir le soir, dormir), et j'arriverai même à annoncer au suisse-allemand qu'en fait, je préfère aller au Machu Picchu tout seul (même si en vrai j'y vais avec Julien et d'autres personnes). Seul gros bémol : je me suis fait piquer mon appareil photo la veille du départ pour le Machu Picchu. D'où l'absence de photos sur ce billet, et sûrement sur ceux à venir. Adieu mon réflex numérique Nikon D70. Je l'aimais vraiment bien : je l'avais acheté d'occasion en 2006, il datait de 2004, il était super costaud même si complètement démodé, avait bien vadrouillé avec moi (premier voyage sud-américain puis toujours sur moi en France), je pouvais donc sans trop de scrupules le trimballer et le sortir partout sans trop faire gaffe. Tellement sans faire gaffe que je me le suis fait voler au final. J'aurais du mal à revenir au compact numérique après avoir goûté au reflex, l'entrée de gamme Nikon type D60 ne me tente pas beaucoup : si un de mes fidèles lecteurs avait 1000€ sous la main pour que je puisse me racheter un appareil à Lima (je pense au D90), je lui serait très reconnaissant... Blague à part, je suis un peu embêté là.

dimanche 31 mai 2009

Niouzes en vrac...

Correctif : oups, l'émission Allô la Planète commence en fait à 23h15...


.... En attendant que je vous explique plus en détail le trajet La Paz - Cuzco, qui n'était pas super folichon (et en plus j'ai pris que des photos de merde). Oui, je suis a Cuzco.

D'abord, la nouvelle du jour pour laquelle je me lance dans un billet. Julien Rihani et moi même passerons dans l'émission Allô la Planete sur France Inter, lundi 1er juin 23h30-1h heure francaise. Voila voila. Si vous ne pouvez vraiment pas être a côté de votre transistor a c't'heure la, c'est très très grave mais on peut aussi réecouter les emissions après coup sur internet, j'actualiserai ce billet avec un lien.

Après, histoire de rigoler, je ne savais pas, mais j'ai voyagé avec une célébrité syndicale. La mere d'Antoine, un de mes nombreux lecteurs, institutrice, m'envoie ceci, c'est extrait de "fenetres sur cours", LE magazine syndical de réference des Professeurs des Ecoles : Raph dans fenetres sur cours (cliquez pour amplifier)

[Vous pouvez relire le portrait de Raph par ici. En parlant de collègues, Jeff a enfin recu ses nouvelles jantes de 700 a La Paz, le voila donc paré pour partir traverser l'Amazone en diagonale et a vélo sur la route-que-personne-ne-connait. Au programme pour lui (enfin, personne ne sait, on ne fait que deviner, c'est ca qu'est rigolo) : gros latifundios du Mato Grosso en mode far-west avec armee privée et travail a la limite de l'esclavage, defrichements d'Amazone sauvages le long de la route, vraie forêt vierge, trafiquants divers, indiens pas contents, route dans un état surement déplorable, moustiques (donc possiblement fievre jaune, palu, dengue), etc. On lui souhaite bien du courage. Si vous avez d'autres suggestions de dangers/emmerdements, envoyez-lui un message sur crazyguyonabike.com, ça lui fera plaisir.]

Et puis, allez, je vous dévoile le programme pour le reste du voyage, pour avoir votre avis. Voila la situation. Il ne me reste que trois mois. C'est peu (très). Je veux quand meme aller jusqu'a Cuba, et achever le projet qui consistait à traverser l'amérique latine dans son intégralité. L'idee est donc de choisir quelques zones pour prendre mon temps en voyageant à vélo, et tracer en bus sur le reste. Les zones en question seront : Colombie, Guatemala et Yucatan, Cuba. Plus precisément :

  • tant que je suis dans le coin, je vais quand même visiter le Machu Pichu, je partirai tout seul à pied, j'ai des plans pour éviter le train pour touristes ultra-cher et les tours opérators qui vendent le "chemin de l'inca".
  • Aprés, grooooos saut en bus/stop pour la Colombie. Pit-stop a Lima (Diane, une amie, me ravitaille avec des tablettes de chocolat francaises !!), le bijour a la mythique casa ciclista de Trujillo, enfin peut-être un jour ou deux a Quito, Equateur.
  • J'arrive a Bogota vers le 15 juin et je cycle la Colombie, d'abord a l'interieur des terres puis en longeant la côte de Santa Marta a Carthagène. Peut-être même pas tout ça, à voir. Ce sera jusqu'au 5 juillet à peu près. Alors, je sais, la Colombie c'est super dangereux et tout, mais en fait seulement dans certaines zones (genre la jungle occupee par les Farc), je vais bien demander avant où ne pas aller et éviter d'etre aussi con que la Bétancourt. Sinon, tous les voyageurs rencontrés m'assurent que c'est le pays le plus sympa et accueillant par lequel ils soient passés. Or je commence a en avoir un peu ma claque de l'altitude, du melange froid + UV agressifs qui font que mon nez ressemble a la vallee de la mort, des ponchos et des patates, alors là, la plage, la chaleur, le dodo en hamac sans sac de couchage -10ºC et trois polaires dedans, les gens ouverts et accueillants, rhââ, ça va faire plus que du bien.
  • Vient le moment cocasse : comment vais-je faire pour passer le Darien ? Le Darien, c'est le petit truc con qui fait l'effroi de tous les voyageurs : la region qui fait frontière entre la Colombie et Panamá. Ben ouais, ils ont été capables de creuser un canal pour reunir deux océans, construire une route panamericaine sur plus de 20 000 bornes qui relie presque l'ocean Artique a Ushuaia.... sauf sur 80 misérables bornes, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichie.... Mais pour le coup, Le Darien, c'est une region qui ne rigole pas : les indiens, la jungle epaisse, les trafiquants, etc, pour de vrai. Donc, les solutions pour passer en Amérique Centrale sont les suivantes :
    • L'avion : compter 200E environ, un vrai racket organise pour la distance et le traffic que cela représente. Et repaqueter/dépaqueter mon vélo, ça me saoule.
    • Le bateau : la même, mettre un ferry serait vraiment trop simple, donc la seule solution est de passer par des yatchs prives qui exploitent le creneau... pour aussi 300E. Mais un peu plus sympa quand même (sur quatre jours, bouffe incluse et arrêt dans des iles tropicales).
    • Et derniere solution : longer la cote en prenant des barques, espérer que les agents de l'immigration côté Panaméen veuillent bien me laisser passer, puis terminer par un petit avion direction Panama city, le tout coutant environ 150E mais avec le risque de rester bloqué, parfois une semaine, en attendant la barque ou l'avion...
    • Ah, oui, on entend toujours les histoires du mec qui a réussi à le traverser par voie terrestre avec un guide et une machette. Ben, euh, pas pour moi.
    • Moi je serai tente par la numero trois, ne serait-ce que le temps presse. Je pense donc prendre l'option deux.
  • Traversée de l'amérique centrale en bus et sans trop m'arreter a nouveau, jusqu'au Guatemala.
  • La on devrait etre le 15 juillet, je reprends le velo et j'explore la zone Maya, Guatemala, sud-Yucatan, pendant trois semaines.
  • Puis j'ai un vol de Cancun qui m'emméne a la Havane le 6 aout, et je pédale trois semaines a Cuba, jusqu'à Santiago de Cuba, fin du voyage annoncé !
  • Retour en France : vol La Havane - Cancun puis Cancun - Washington DC le 26 aout, Washington DC - Paris le 31 aout, atterissage a Roissy le 1er septembre. Le pretexte de l'escale Washington, c'est que les billets n'etaient pas chers, la vraie raison c'est qu'y habite un oncle chilien que je n'ai pas vu depuis 1995.
  • (la date pas sympa : rentrée des classes le 7 septembre)

Z'en pensez quoi ?

- page 1 de 6